La Caisse de dépôt invitée à faire plus pour réduire l’empreinte carbone de ses placements

Selon les calculs de Sortons la Caisse du carbone, les investissements dans le pétrole et le gaz totalisaient plutôt 15,8 milliards.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon les calculs de Sortons la Caisse du carbone, les investissements dans le pétrole et le gaz totalisaient plutôt 15,8 milliards.

La Caisse de dépôt et placement du Québec continue de réaliser des « progrès importants » dans la réduction de l’empreinte carbone de ses placements, estime la coalition Sortons la Caisse du carbone tout en affirmant que le gestionnaire de régimes de retraite et de caisses d’assurance doit aller plus loin encore pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Dans son Rapport d’investissement durable 2019 publié mardi, l’institution a indiqué que l’intensité carbone de son portefeuille a diminué de 12 % en 2019, pour un total de 21 % depuis 2017. L’objectif consistait alors à réduire de 25 % l’empreinte carbone de chaque dollar investi d’ici 2025.

Quant aux investissements sobres en carbone, ils sont passés de 18 milliards en 2017 à 34 milliards fin 2019, un bond de 95 % qui a permis à la Caisse d’aller au-delà de son objectif de 32 milliards d’ici fin 2020.

Parmi les investissements effectués au cours de l’année dernière, la Caisse a souligné notamment un prêt pour refinancer un contrat lié au métro de Barcelone, un placement privé dans Azure Power Global, une entreprise indienne d’énergie solaire, et un réinvestissement dans AddÉnergie, qui produit des bornes de recharge.

« Les résultats de 2019 démontrent que la Caisse doit se fixer des objectifs climatiques plus ambitieux qui respectent la science du climat et qu’elle doit faire preuve de cohérence et cesser d’investir dans les combustibles fossiles et les infrastructures connexes comme les pipelines et les gazoducs », a écrit la coalition Sortons la Caisse du carbone, qui inclut entre autres Greenpeace, la Fondation David Suzuki et Recycle ta Caisse.

Investissement avec ENGIE

Le regroupement a par exemple déploré l’investissement effectué par la Caisse avec ENGIE au début de 2019 pour devenir copropriétaire de Transportadora Associada de Gás (TAG), dont les 4500 kilomètres de gazoducs au Brésil en font l’acteur numéro un du transport de gaz naturel dans le pays. Le bloc détenu par la Caisse est de 31,5 %, comparativement à 58,5 % pour ENGIE.

Au moment d’annoncer la transaction, les deux évaluaient l’ensemble de leur proposition à 8,6 milliards $US. Invité à expliquer la transaction, un porte-parole de la Caisse avait dit que le gaz naturel est une « énergie de transition » et que l’institution continuait de suivre son plan de réduction d’empreinte carbone.

Les résultats de 2019 démontrent que la Caisse doit cesser d’investir dans les combustibles fossiles et les infrastructures connexes comme les pipelines et les gazoducs

Au 31 décembre 2019, les actifs nets de la Caisse atteignaient 340 milliards, résultat d’un rendement de 10,4 % au courant de l’année. Le Rapport d’investissement durable 2019 ne chiffre pas ce que représentent globalement ses placements dans le secteur des hydrocarbures. Selon un document déposé par la Caisse en commission parlementaire au printemps 2019, ils se situaient, à la fin de 2018, dans une fourchette de 13,3 à 14,1 milliards.

Ce document décrivait les « investissements, directs ou indirects, dans des compagnies exploitant des hydrocarbures ou leur transport ». Selon les calculs de Sortons la Caisse du carbone, les investissements dans le pétrole et le gaz totalisaient plutôt 15,8 milliards.

Alors que différents groupes ont demandé un retrait complet de la Caisse de dépôt du secteur des hydrocarbures, sa direction a déjà affirmé au fil des années qu’elle préfère dialoguer avec les entreprises plutôt que de quitter un secteur. « Plutôt que de se désengager, nous travaillons à influencer nos entreprises en portefeuille pour qu’elles adoptent les meilleures pratiques et qu’elles renforcent l’intégration des facteurs ESG dans leurs décisions d’affaires », a-t-elle écrit mardi dans son Rapport d’investissement durable 2019.

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