Les investisseurs boursiers aveugles aux risques climatiques

Des désastres naturels comme les inondations de 2011 en Thaïlande ont eu des effets dévastateurs sur l'économie.
Photo: Pornchai Kittiwongsakul Agence France-Presse Des désastres naturels comme les inondations de 2011 en Thaïlande ont eu des effets dévastateurs sur l'économie.

Les investisseurs dans les marchés boursiers ne tiennent aucunement compte de la menace que font peser les bouleversements climatiques, pas même sur leurs placements.

La pandémie de coronavirus nous rappelle brutalement « à quel point une perturbation de l’activité économique peut être rapide et généralisée [soulignant] combien il est important de bien se préparer et d’évaluer correctement les risques », ont observé dans un blogue vendredi deux des auteurs d’une nouvelle analyse du Fonds monétaire international (FMI).

Or, la science a beau prédire que les changements climatiques provoqueront un accroissement de la fréquence et de la gravité des désastres naturels, « tels que les inondations, les vagues de chaleur ou les sécheresses », et qu’ils exposeront par le fait même « les économies et les marchés financiers à des chocs de plus grande ampleur », rien dans la valeur des actions des compagnies les plus exposées à ces calamités ne reflète le danger plus grand qui pèse sur elles.

Il est vrai que la vaste majorité de 350 désastres climatiques survenus depuis 50 ans dans 68 pays a eu un effet relativement « modeste », comme pour l’ouragan Katrina en 2005, avec la perte de 2000 vies, un recul de l’économie américaine de 1 % et un effet à peine perceptible sur les cours de la Bourse. Mais une fois sur dix, le choc a été beaucoup plus dur, comme lors des inondations de 2011 en Thaïlande, au terme desquelles, en plus de quelque 800 morts, on a vu l’économie perdre 10 % et les marchés boursiers fondre de presque un tiers.

Et puis, cela était avant l’accélération du réchauffement de la planète, martèle le FMI dans son analyse rattachée à la plus récente version de son Rapport sur la stabilité financière dans le monde. Selon une étude, l’aggravation des inondations dans les 136 plus grandes villes côtières coûtera à elle seule 1000 milliards par année en 2050, si rien n’est fait.

Myopie financière

Et pourtant, aucun de ces risques grandissants ne se reflétait dans la valeur boursière en 2019 des entreprises les plus exposées aux coûts humains, économiques et financiers des scénarios de réchauffement climatique souvent évoqués. Pas plus qu’on ne semblait savoir tenir compte de l’effet que peuvent avoir les variations de température sur certains secteurs économiques ni de tout autre phénomène de même nature. À l’évidence, dit le FMI, « les investisseurs boursiers dans la plupart des économies ne font pas suffisamment attention aux variables climatiques [et] ne prêtent pas suffisamment attention non plus aux risques liés aux changements climatiques ».

Cette myopie est d’autant plus inquiétante, poursuit le FMI, qu’on peut considérer les marchés boursiers comme un assez bon reflet du marché financier dans son ensemble. Elle n’y afflige toutefois pas tout le monde, admet-on, les coûts d’emprunt à long terme des gouvernements régionaux ou municipaux étant plus élevés, aux États-Unis, pour ceux faisant face aux dangers de l’augmentation du niveau des océans. Peut-être est-ce parce que le lien entre ces communautés et la menace qui pèse sur elles est plus concret et étroit ? Ou parce que les investisseurs dans ce domaine ont l’habitude de voir à plus long terme ?

Éducation et transparence

Quoi qu’il en soit, des corrections doivent être apportées de toute urgence, dit le FMI. On observe d’abord que plus le secteur de l’assurance est développé et les poches des gouvernements sont garnies, plus les entreprises peuvent compter sur des coussins pour amortir le choc en cas de coup dur.

Les décideurs politiques devraient s’attaquer aussi « au renforcement de la littératie des marchés financiers en matière de changements climatiques » en assurant une diffusion plus large des connaissances scientifiques et en rendant obligatoire le dévoilement, par les entreprises, de leurs facteurs de vulnérabilité climatique établis en fonction de normes internationales. Les banques pourraient même être soumises à des tests de résistance climatique, comme on le fait déjà en matière financière.

Mais « sans aucun doute, la solution la plus efficace consisterait à prendre des mesures fortes au niveau mondial pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », notent les experts du FMI.

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