Des centaines d’employés de Bombardier passent chez Mitsubishi

La cession du programme CRJ, qui n’est pas rentable depuis des années, marque le tout dernier virage du groupe montréalais pour sortir de l’aviation commerciale.
Jim Mone Associated Press La cession du programme CRJ, qui n’est pas rentable depuis des années, marque le tout dernier virage du groupe montréalais pour sortir de l’aviation commerciale.

Près d’un an après l’annonce de la transaction, au moment où une de ses filiales travaillait à son entrée dans l’aviation commerciale, Mitsubishi Heavy Industries (MHI) a conclu l’acquisition du programme CRJ auprès de Bombardier et lancé sa propre offre de services d’entretien et d’après-vente pour les avions régionaux, dont le siège sera situé à Montréal.

Par le fait même, 1400 employés du programme CRJ, dont 340 au Québec, sont transférés chez MHI RJ Aviation Group. Le carnet de commandes de ces avions monocouloirs, qui ont fait la gloire de Bombardier dans les années 1990, compte encore 15 exemplaires devant être livrés cette année : ils seront assemblés au nom de Mitsubishi par 350 employés de la compagnie montréalaise qui ne font pas partie du transfert.

La cession du programme, qui n’est pas rentable depuis des années, marque le tout dernier virage du groupe montréalais pour sortir de l’aviation commerciale, Bombardier ayant également choisi de se départir de sa division de systèmes de transport en commun pour se concentrer sur les avions d’affaires comme le Global et le Challenger.

L’acquisition, faite au prix de 550 millions $US, porte sur l’entretien et l’ingénierie, mais aussi sur les activités liées à la remise à neuf et le marketing. Outre Mirabel, qui comptait environ 700 employés dans le programme CRJ à l’époque où Bombardier en était propriétaire (y compris dans l’assemblage), les installations se trouvent à Toronto, à Bridgeport (Virginie-Occidentale) et à Tucson (Arizona). Des entrepôts de pièces d’appareils CRJ sont situés à Chicago et à Francfort, en Allemagne.

Bassin de talent

Mitsubishi « est venue chercher le talent que ces personnes-là offraient », a indiqué une porte-parole, Nathalie Scott, lorsque Le Devoir a abordé la question de la présence de l’entreprise en sol québécois. « On est en train de démarrer une business, c’est vraiment ça le focus présentement. »

Du côté de Bombardier, un porte-parole a dit qu’il était encore trop tôt pour déterminer ce qu’il adviendra précisément des 350 employés non transférés, dont la mission est présentement de terminer l’assemblage des derniers CRJ commandés. Selon l’entreprise, le mouvement de ces employés à l’intérieur de la compagnie sera encadré par les règles de la convention collective des Machinistes. Ceux-ci affirment que 273 de leurs membres sont dans ce groupe.

La clôture de la transaction survient alors que la société mère japonaise a ralenti ses dépenses en raison de la pandémie. Sa filiale Mitsubishi Aircraft travaille depuis des années sur un nouvel appareil régional, le SpaceJet, et avait annoncé l’an dernier la création d’un centre d’ingénierie en sol québécois. Ce projet semble aujourd’hui sur la glace dans la mesure où les activités outremer seront rapatriées au Japon. Le Seattle Times a écrit le 22 mai dernier que Mitsubishi Aircraft fermera son siège social américain. Plus tard en journée, un porte-parole de la compagnie a indiqué au Journal de Montréal que la décision touche aussi l’équipe en place au Québec.

La création d’un centre d’ingénierie à Boisbriand, qui devait compter une centaine de travailleurs dès la première année, s’était déroulée en septembre 2019 sous le regard de la direction de Mitsubishi et du premier ministre François Legault. Le gouvernement avait offert un prêt de 12 millions de dollars, une somme qui n’aurait pas eu à être remboursée si Mitsubishi avait atteint certains objectifs. Sur un horizon de cinq ans, on évoquait la présence de 250 employés.

Selon Karl Moore, malgré les enjeux actuels du SpaceJet, la transaction du CRJ est logique. « Ça va prendre quelques années » pour que l’industrie mondiale se remette sur ses pieds, mais « Mitsubishi existe depuis une centaine d’années et voit à long terme ».

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