Les Québécois sont plus ferrés en fiscalité qu’ils ne le croient

Le manque d’assurance des Québécois explique sans doute en partie le fait qu’ils soient beaucoup plus nombreux que dans les autres provinces à confier leur déclaration de revenus à un proche (17 %) ou à un professionnel (48 %).
Photo: iStock Le manque d’assurance des Québécois explique sans doute en partie le fait qu’ils soient beaucoup plus nombreux que dans les autres provinces à confier leur déclaration de revenus à un proche (17 %) ou à un professionnel (48 %).

Les Québécois s’estiment moins compétents que les autres Canadiens quand vient le temps de parler de fiscalité et de leurs déclarations de revenus. Ils sont pourtant les meilleurs.

Un peu plus de la moitié des Québécois (54 %) estiment connaître assez bien (47 %) ou très bien (7 %) les mesures fiscales qui les touchent personnellement contre 65 % dans le reste du Canada, rapporte une recherche dévoilée vendredi par la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke. Or, lorsque ces connaissances sont testées, le Québec fait généralement un peu mieux que les autres provinces.

Première enquête du genre sur la littératie fiscale au Canada, l’étude de la Chaire arrive à quelques jours seulement de la date limite pour produire les déclarations de revenus des particuliers exceptionnellement reportées au 1er juin en raison de la pandémie de coronavirus.

Basée sur un sondage Internet réalisé au printemps 2019 par la firme Léger Marketing auprès de 2739 répondants, elle leur demande, par exemple, si les retraits d’un REER, les prestations d’assurance-emploi, les pensions alimentaires ou les gains tirés de la vente de sa résidence principale sont imposables ? D’autres questions testent la compréhension de la progressivité de l’impôt, c’est-à-dire que plus on gagne de l’argent, plus augmente le taux qui s’applique à chaque nouveau dollar gagné. « Le but n’était pas de piéger les gens, mais de tester des connaissances relativement simples liées à des situations courantes », a expliqué en vidéoconférence au Devoir cette semaine le professeur Luc Godbout, chercheur principal à la Chaire et coauteur de l’étude avec Anthony Pham, Antoine Genest-Grégoire et Jean-Herman Guay.

Pour certaines questions (REER, CELI, assurance-emploi et loteries), la proportion de bonnes réponses est des deux tiers, voire des trois quarts. Pour d’autres (pensions alimentaires, vente de résidence, progressivité de l’impôt), elle est à peine d’un tiers, sinon plus faible encore. Comme les chercheurs s’y attendaient, les résultats sont meilleurs plus les répondants sont âgés, sont scolarisés et ont un revenu élevé.

Sentiment d’incompétence

Ceux qui s’estiment plus compétents tendent aussi à mieux répondre. Pourtant, dans bien des cas, les Québécois font un peu mieux que les autres, pour une note générale de 52 % de bonnes réponses contre une moyenne de 49 % dans les autres provinces. Toutefois, ils maîtrisent moins bien que les autres les questions liées à la progressivité de l’impôt, bien que le repartage de richesse occupe une plus grande place dans leur fiscalité et leur État-providence.

Les auteurs de l’étude ont du mal à expliquer toutes ces particularités québécoises. D’accord, ils sont les seuls avec deux systèmes fiscaux distincts et les questions de progressivité sont peut-être un peu plus compliquées que les autres, mais pas tant que cela, et pourquoi ce plus grand sentiment d’incompétence ?

Ce sentiment est important, souligne Antoine Genest-Grégoire, parce que le degré de confiance en ses moyens influence le désir de rechercher et de se prévaloir de tous les avantages fiscaux auxquels on a droit.

Le manque d’assurance des Québécois explique sans doute en partie le fait qu’ils soient beaucoup plus nombreux à confier leur déclaration de revenus à un proche (17 %) ou à un professionnel (48 %). En effet, à peine le tiers d’entre eux (34 %) disent s’acquitter de cette tâche eux-mêmes, avec ou sans l’aide d’un logiciel, contre une moitié des autres Canadiens (49 %).

On comprend évidemment que pour plusieurs personnes, les questions fiscales soient associées « à une corvée que l’on doit faire une fois par année en se bouchant le nez » à cause de leur complexité et de la désagréable impression d’absence de maîtrise de la situation, observe le politologue Jean-Herman Guay. Seulement, « comment, comme citoyens, comprendre le fonctionnement de l’État et évaluer le travail des gouvernements sans un niveau minimal de littératie fiscale ? »

L’apparente incompréhension du principe de progressivité de l’impôt et, par conséquent, de son effet sur la répartition de la richesse lui apparaît, par exemple, un inquiétant malentendu. « Ça veut dire que les gens ne voient pas cela. Cela ne peut que nourrir le sentiment d’injustice et l’impression que les riches ne payent pas leur juste part. »

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