Québec sera «mieux préparé» pour une deuxième vague

L’économie du Québec connaîtra cette année un recul de 5%, dans une fourchette de -4 à -6%, selon ce qu’a indiqué vendredi le ministre de Finances, Eric Girard, lors d’une présentation organisée par la CCMM.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’économie du Québec connaîtra cette année un recul de 5%, dans une fourchette de -4 à -6%, selon ce qu’a indiqué vendredi le ministre de Finances, Eric Girard, lors d’une présentation organisée par la CCMM.

Après avoir allongé 23 milliards en diverses mesures de stimulation depuis le début de la pandémie, le gouvernement du Québec sera mieux préparé pour affronter une deuxième vague de COVID-19 et il devra s’endetter de nouveau si celle-ci était plus forte que la première, a indiqué vendredi le ministre des Finances, Eric Girard.

L’économie du Québec connaîtra cette année un recul de 5 %, dans une fourchette de -4 à -6 %, selon ce qu’a indiqué M. Girard lors d’une présentation organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Cette contraction, accompagnée d’un déficit de 12 à 15 milliards (après contribution au Fonds des générations), refléterait l’effondrement de l’activité en première moitié d’année suivi d’un possible rebond au deuxième semestre.

« On a fermé 40 % de l’économie du Québec pour une période d’approximativement huit semaines. Chaque mois nous coûte 3 % de PIB et environ 5 milliards de finances publiques », a affirmé M. Girard. Au moment où le gouvernement a déposé son budget, le 10 mars, on prévoyait pour 2020 une croissance du produit intérieur brut de 2 % pour faire suite à la poussée de 2,8 % en 2019.

 

La prévision d’une baisse de 5 % du PIB s’avère plus optimiste que celle de certaines institutions financières, dont le Mouvement Desjardins, qui table plutôt sur une chute de 6,9 %. Celui-ci croit que l’économie connaîtra une croissance de 5,7 % en 2021, comparativement à 5,2 % en Ontario et dans l’ensemble du Canada.

Invité par le président de la CCMM à dire s’il y a un plafond à ce que le gouvernement peut investir afin d’affronter la crise et de soutenir l’économie, M. Girard a dit que « c’est beaucoup en fonction de la situation en santé publique ». « S’il y a une deuxième vague, on va être mieux préparé. Mais il est possible qu’elle soit plus forte. Il y a des risques. Le rôle d’un gouvernement, c’est d’aider ses citoyens, d’aider ses entreprises. Oui, il y aura plus d’endettement si la deuxième vague est plus importante que la première. »

Horizon d’un an et demi

De nombreux économistes avancent que le redémarrage graduel des économies mènera à une relance marquée de l’activité en 2021. « Si nous pouvions retrouver en décembre 2021 le niveau de PIB que nous avions en décembre 2019, ce serait un grand succès », a dit le ministre, en précisant que cela surviendrait « si le rebond de 2021 et du deuxième semestre nous permet de récupérer ce qu’on a perdu » après avoir mis l’économie du Québec sur pause à compter de la fin du mois de mars. « Évidemment, il y a des secteurs qui vont avoir des répercussions sur des périodes beaucoup plus longues, comme le commerce de détail, le tourisme, l’aviation, la restauration, l’hôtellerie. Ils vont connaître des périodes de retour beaucoup plus long longues et il faut les aider. »

Chaque mois [de confinement] nous coûte 3 % de PIB et environ 5 milliards de finances publiques 

Le gouvernement Legault a décidé de devancer certaines dépenses pour soutenir l’économie québécoise, l’enveloppe du Plan québécois des infrastructures pour 2020 ayant été relevée de 11 milliards à 13,9 milliards il y a deux semaines. Environ le quart de la somme supplémentaire (700 millions) devait aller au réseau de la santé et des services sociaux, tandis que 1,1 milliard était destiné aux infrastructures en éducation.

La crise a mis en relief certaines « vulnérabilités » du Québec, estime le ministre. Outre les enjeux démographiques liés au vieillissement de la population, qui entraîne notamment des impacts sur le marché de l’emploi et les finances publiques, le Québec doit continuer à améliorer sa productivité et devra redoubler d’efforts pour retrouver le chemin de l’équilibre budgétaire afin de poursuivre la baisse du poids de sa dette par rapport à la taille de son économie. « Ce chemin-là va prendre de trois à cinq ans. Je peux déjà donner certaines lignes directrices : il n’y aura pas de hausse d’impôt. » La baisse de la taxe scolaire demeure, a-t-il précisé. « Le retour à l’équilibre budgétaire passe par une croissance des revenus qui sera légèrement supérieure aux dépenses. C’est ça, le plan de match. »

À voir en vidéo