La relance doit passer par l’innovation

Certains secteurs d’activité, comme la construction résidentielle, pourraient connaître une relance plus  rapide. Sur la photo, un travailleur de la construction équipé d’une visière à Montréal.
Renaud Philippe Le Devoir Certains secteurs d’activité, comme la construction résidentielle, pourraient connaître une relance plus rapide. Sur la photo, un travailleur de la construction équipé d’une visière à Montréal.

Avec la mise à l’arrêt de plusieurs secteurs de l’économie, la pandémie force la réflexion sur des options de reprise des activités : redémarrer ou réinventer ? Dans une série qui a démarré mercredi, Le Devoir s’associe à la revue Gestion et publie des pans d’un dossier spécial portant sur ces enjeux cruciaux. Aujourd’hui, quatrième texte de quatre : après le confinement, la relance.

La pandémie de COVID-19 et les ordonnances de confinement promulguées par les gouvernements ont donné un coup d’arrêt brutal à des pans entiers de l’économie mondiale. La reprise exigera donc du doigté et de l’imagination dans un contexte rempli de défis.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, s’attend à une relance progressive et variable selon les secteurs d’activité. Le tourisme, le transport aérien et le domaine de la culture risquent de mettre du temps à redécoller. D’autres secteurs, notamment les technologies de l’information, les sciences de la vie et la construction résidentielle, pourraient reprendre plus rapidement. « Nous devrons déterminer les secteurs qui ont des effets économiques majeurs et les revitaliser, soutient le ministre. Les besoins seront encore plus grands à la relance que pendant le confinement. »

M. Fitzgibbon souligne aussi l’importance du redémarrage du secteur manufacturier, qui pourrait devoir procéder à une refonte des chaînes d’approvisionnement, puisque la crise actuelle a révélé la vulnérabilité des chaînes très mondialisées. Ce secteur pourrait également devoir patienter avant de voir la demande mondiale remonter, en plus d’absorber des coûts additionnels liés à l’instauration de nouvelles normes sanitaires.

Il importera par ailleurs de trouver un juste milieu entre la stimulation de la relance et le surendettement. M. Fitzgibbon reconnaît toutefois d’emblée que les États devront réviser leur approche en matière d’équilibre des finances publiques en fonction des immenses besoins à satisfaire.

De l’oxygène pour les entreprises

Québec et Ottawa tiennent à soutenir financièrement les sociétés qui affichaient des profits avant la crise. Si ces entreprises devaient enchaîner les faillites, cela précipiterait des milliers de travailleurs au chômage et plomberait la relance. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) prévoit qu’environ le tiers des PME forcées de suspendre leurs activités en raison de la pandémie pourraient disparaître.

 

« Beaucoup de petites entreprises dégagent une marge de profit de moins de 3 %, rappelle Gopinath Jeyabalaratnam, analyste principal des politiques à la FCEI. Sans appui, elles ne survivront pas. » Le gouvernement québécois a établi un programme d’aide d’urgence aux PME. Il accorde un financement de moins de 50 000 $ sous forme de prêt ou de garantie de prêt. Au fédéral, le Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes permet d’emprunter jusqu’à 40 000 $. La FCEI préférerait des subventions plutôt que des prêts.

Stéphane Paquet, président-directeur général de Montréal International, rappelle l’importance de soutenir les sociétés de taille plus imposante. Ce sont souvent ces grands donneurs d’ouvrage qui font travailler les plus petites PME, notamment dans les secteurs manufacturier et technologique. « Le Québec devra miser sur ses forces, comme les jeux vidéo et l’intelligence artificielle », précise-t-il.

Pas de pénurie de capital

Bonne nouvelle : l’argent pour soutenir les entreprises est disponible. La Caisse de dépôt et placement du Québec a prévu une enveloppe de 4 milliards de dollars pour appuyer l’ensemble des sociétés pendant la crise et pour alimenter leur relance. Le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE), géré par Investissement Québec, est pour sa part destiné à fournir des fonds aux entreprises touchées par les répercussions de la pandémie. Le gouvernement fédéral multiplie lui aussi les mesures d’aide.

Les banques et le Mouvement Desjardins devront également contribuer à cet effort. « La grande différence par rapport à la crise de 2008, c’est que celle-ci provient non pas du monde financier, mais d’un virus. Par conséquent, les banques n’ont pas autant de problèmes de liquidités », souligne Vittorio Pellegrino, président des services bancaires particuliers pour le Québec et pour l’est de l’Ontario de BMO. « Il y a du capital pour soutenir les entreprises », ajoute-t-il.

La Banque du Canada a aussi joué un rôle décisif en ce sens, par exemple en diminuant son taux directeur principal à 0,25 %. Mais ce sont surtout ses programmes d’achat de titres et de produits financiers qui retiennent l’attention de Mathieu D’Anjou, économiste en chef adjoint chez Desjardins. La Banque du Canada rachètera des obligations fédérales d’une valeur d’au moins 5 milliards de dollars toutes les semaines jusqu’à ce que la reprise soit amorcée. Une initiative semblable vise les bons du Trésor provinciaux. Le gouvernement canadien acquerra aussi jusqu’à 50 milliards de dollars de blocs de prêts hypothécaires assurés. « Sans tout cela, les taux sur les prêts dans les banques et dans les caisses auraient augmenté et on aurait vu un resserrement du crédit qui aurait été nuisible à la relance », note l’économiste.

Surmonter l’incertitude

La reprise économique se déploiera selon des dynamiques intérieure et internationale bien différentes de celles d’avant la pandémie : crainte de nouvelles flambées du virus, changement du comportement des consommateurs, transformation du commerce mondial et des chaînes d’approvisionnement, etc.

Dans un tel contexte, M. Fitzgibbon estime que la relance passera par l’innovation. L’État québécois souhaite voir les entreprises se moderniser pour devenir plus productives ; il entend aussi diminuer le déficit commercial du Québec. La crise a mis en lumière les dangers d’une trop grande dépendance par rapport aux importations, notamment dans des secteurs cruciaux comme la santé et l’alimentation.

Toutefois, le Québec n’a aucune intention de se replier sur lui-même, d’autant que son économie a besoin d’exporter et d’attirer des investisseurs étrangers. L’Organisation des Nations unies prévoit une réduction de 30 % à 40 % des investissements étrangers dans le monde en 2020 et en 2021. « L’an dernier, les investissements en provenance de l’extérieur ont atteint 2,6 milliards de dollars dans le Grand Montréal, donc ça voudrait dire une baisse d’au moins 700 millions. C’est beaucoup », concède Stéphane Paquet.

Montréal international reste à pied d’œuvre pour attirer des investisseurs. Cet organisme a ainsi augmenté son nombre de visites virtuelles de filiales étrangères établies sur le territoire du Grand Montréal. Compte tenu de l’annulation des grandes foires commerciales comme celle de Farnborough (Royaume-Uni), consacrée à l’aéronautique, les rencontres plus directes auprès d’entreprises dont le profil convient au Grand Montréal seront cruciales. « Nous viserons aussi de nouvelles cibles dans des secteurs porteurs dans le contexte actuel, par exemple en sciences de la santé ou en technologies numériques », poursuit M. Paquet.

Le Québec a donc des atouts en main pour réussir sa relance. « Les finances publiques québécoises étaient en bon état avant la crise et le Québec peut compter sur une économie assez diversifiée », souligne Mathieu D’Anjou. Le défi consistera toutefois à faire en sorte que tout le monde retourne au travail et puisse de nouveau fréquenter les commerces sans provoquer une résurgence du virus. Tant qu’on n’aura pas trouvé un remède ou un vaccin contre la COVID-19, la santé économique du Québec demeurera donc, elle aussi, sous haute surveillance.

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