Le pire est peut-être à venir dans les pays en développement

Des denrées sont distribuées par l‘armée au Paraguay. Plus de 25 000 citoyens y ont perdu leur emploi à cause de la pandémie.
Photo: Norberto Duarte Agence France-Presse Des denrées sont distribuées par l‘armée au Paraguay. Plus de 25 000 citoyens y ont perdu leur emploi à cause de la pandémie.

Personne n’est à l’abri de la pandémie de COVID-19, observait le mois dernier un rapport d’Oxfam. « Des personnalités princières ainsi que des stars de cinéma contractent le virus, qui ne fait aucune différence entre les riches et les pauvres. Mais l’égalité s’arrête là. »

C’est vrai dans chaque pays, où les travailleurs les plus vulnérables sont souvent les plus exposés, les plus à risque et pas toujours aussi bien servis que les autres par les systèmes de santé. Mais c’est vrai aussi pour les pays entre eux, les plus grands dangers humains et économiques pesant actuellement sur les pays les plus pauvres, bien que l’attention des pays riches soit monopolisée par leur propre sort.

L’Organisation mondiale de la santé a rapporté, mercredi, le plus grand nombre de nouveaux cas (106 000) de coronavirus dans le monde en une seule journée depuis le début de la pandémie. L’OMS s’est dite particulièrement préoccupée par l’augmentation du nombre de cas dans les pays en développement.

Cette tendance n’est pas près de se renverser, à en croire plus d’un expert, et pourrait devenir l’une des cicatrices les plus profondes que nous laissera cette pandémie.

Attention, fragiles

La plus grande vulnérabilité des pays en développement tient à de multiples facteurs, observait le mois dernier une analyse de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le premier auquel on pense, naturellement, est le manque de services de santé, les pays d’Afrique subsaharienne disposant, par exemple, en moyenne de 0,2 médecin par 1000 habitants, contre 2,2 en Amérique latine et 3,4 dans les pays de l’OCDE. L’avantage d’avoir des populations relativement jeunes est plus que compensé par l’impact de la pauvreté sur leur santé, la densité des villes, le manque de services de base, comme l’eau courante pour se laver les mains, et le fait d’être déjà aux prises avec toutes sortes de drames humanitaires avec, par exemple, 84 % des populations de réfugiés dans le monde.

L’idée d’y mettre « sur pause » l’économie y apparait difficilement applicable alors que 90 % des travailleurs n’y bénéficient d’aucune forme de protection sociale formelle en cas de perte d’emploi ou de maladie, rappelait OXFAM.

 

Des gouvernements ont essayé de se tricoter en vitesse un filet social d’urgence, rapportait récemment le Fonds monétaire international (FMI), l’Inde et le Népal procédant, par exemple, à des versements en nature ou au comptant aux travailleurs informels, alors que d’autres, comme la Thaïlande et le Vietnam, ont acheminé leur aide par des plateformes numériques ou les factures de services publics.

Ces gouvernements sont toutefois loin de disposer des mêmes ressources financières des pays riches et ne pèsent pas lourd dans les quelque 9000 milliards déployés jusqu’à présent en aide publique depuis le début de la crise, selon le FMI, dont 8000 milliards seulement pour les pays du G20. Déjà sévèrement endettés, plusieurs pays en développement voient les investisseurs et les prêteurs s’enfuir pour chercher refuge dans des valeurs plus sûres. Le ralentissement économique mondial plombe le prix de leurs exportations de ressources naturelles, leur industrie touristique s’est envolée et la crise dans les pays riches pourrait faire fondre les transferts d’argent de leurs ressortissants de 20 %.

Pire que pire

« La situation s’annonce plus grave qu’on le pensait le mois dernier », a déclaré la semaine dernière l’économiste en chef du FMI, Gita Gopinath, lors d’une téléconférence organisée par le Financial Times, faisant référence à sa prévision d’un recul de 3 % de l’économie mondiale cette année, qu’elle avait alors qualifiée de pire crise économique de l’après-guerre.

Le comble serait que cette crise sanitaire et économique, alliée à la peur des gouvernements des soulèvements populaires, ne mène à une escalade protectionniste dans le commerce des produits alimentaires, a déclaré l’économiste de l’Universté Harvard Carmen Reinhart, aussi présente à la téléconférence.

« Cette crise a le pouvoir d’effacer des décennies de progrès dans certains pays en développement. Et l’aide offerte, jusqu’à présent, par les pays développés, sous forme de facilités de crédit et de moratoire sur le paiement de leur dette, ne suffira pas. »

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