L’économie déloge l’environnement des principales craintes des entreprises

Un rorqual bleu dans la zone du chenal laurentien
GREMM Un rorqual bleu dans la zone du chenal laurentien

Les impacts économiques et financiers de la pandémie de COVID-19 ont complètement évacué les préoccupations environnementales au sommet de la liste des principales craintes des entreprises, rapporte le Forum de Davos, du moins pour les prochains mois.

Un prolongement de la récession mondiale occupe la première place des plus grands dangers qui planeront, les 18 prochains mois, au-dessus de la tête, non seulement de l’économie mondiale en général, mais aussi de leurs propres entreprises en particulier, ont estimé plus des deux tiers des quelque 350 spécialistes du monde des affaires sondés, au début d’avril, par les organisateurs du Forum économique mondial (FEM) à Davos, en Suisse, ont rapporté ces derniers mardi. Viennent ensuite, parmi les dangers le plus souvent évoqués : une multiplication des faillites d’entreprise (plus de 50 %), une explosion du chômage chronique, particulièrement des jeunes (44 %), une deuxième vague de pandémie de COVID-19 (40 %) et une dégradation marquée des finances publiques (40 %). Les cyberattaques, le protectionnisme et autres perturbations des chaînes de valeur mondiales ainsi que l’incapacité de certaines industries à se remettre du choc font aussi beaucoup trembler.

Il faut descendre beaucoup plus bas dans la liste d’une trentaine de calamités pour trouver, au 23e rang, la peur que l’actuelle crise fasse oublier d’investir dans la transition climatique et, un peu plus bas encore, la crainte d’un recul important de la lutte contre les gaz à effet de serre (26e). Ces résultats contrastent avec ceux du Rapport sur les risques mondiaux produit chaque mois de janvier par le Forum de Davos et dressant la liste des principaux dangers qui menacent la planète à moyen et long terme, basé sur une enquête menée auprès d’un millier d’experts et de décideurs issus de différents secteurs professionnels et géographiques, dont un tiers du milieu des affaires. Confirmant une tendance à la hausse depuis plusieurs années, les enjeux liés à l’environnement monopolisaient les premiers rangs cette année, à commencer par les bouleversements climatiques, mais aussi la perte de biodiversité, les épisodes climatiques extrêmes et la pénurie d’eau.

Ce recul apparent des défis environnementaux montre peut-être que ceux-ci se sont désormais tellement imposés aux gouvernements et aux entreprises qu’on ne craint plus qu’ils passent à la trappe, surtout pas en l’espace de 18 mois seulement, ont observé mardi les auteurs du rapport d’une soixantaine de pages. Mais une autre interprétation pourrait être que la crise sanitaire et économique est bel et bien en train de nous faire oublier « le risque existentiel » que constituent, à l’instar de la pandémie de COVID-19, les bouleversements climatiques.

La directrice générale du FEM, Saadia Zahidi, a mis en garde ceux qui penseraient pouvoir faire plus en remplaçant une « reprise verte » par une « reprise brune ». « Nous avons maintenant une occasion unique d’utiliser cette crise pour faire les choses différemment et reconstruire de meilleures économies plus durables, résilientes et inclusives. »

Un tel souci est d’autant plus important que la situation actuelle ne menace pas seulement de faire dérailler les efforts qui étaient en cours en matière environnementale, poursuit-on. Elle risque de laisser des cicatrices économiques et psychologiques profondes, notamment aux travailleurs les plus vulnérables, frappés par le chômage, et aux quelque 1,6 milliard d’étudiants de tout âge qui ont été privés d’école et ne doivent pas devenir une « nouvelle génération perdue ». Et si certains peuvent se réjouir que la crise vienne accélérer l’adoption du télétravail ou de la robotisation, il ne faudra pas oublier ceux que ces nouvelles technologies mettront de côté.