Forte baisse des ventes de maisons au Québec

Le coup de frein au Québec a été comparable à celui qui a été observé en Ontario (-61%).
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le coup de frein au Québec a été comparable à celui qui a été observé en Ontario (-61%).

Le marché immobilier a suspendu son vol en même temps que le reste de l’économie, au mois d’avril, avec une chute de près des deux tiers du nombre de ventes résidentielles au Québec.

La pandémie de coronavirus et les règles de confinement des gouvernements pour en freiner la progression ont fait dégringoler le nombre de propriétés vendues par l’entremise de courtiers immobiliers de 64 % au mois d’avril et de plus de 68 % depuis le sommet du mois de février, a rapporté vendredi l’Association canadienne de l’immeuble (ACI). Inférieur à 4000, ce nombre de ventes était le plus bas depuis janvier 1998 et bien en deçà du total à la même période l’année passée (10 700). Mais comme l’offre de propriétés à vendre a sensiblement connu la même glissade, les prix sont restés les mêmes autour d’une moyenne de 340 000 $, soit 7,6 % de plus qu’un an auparavant.

Ce recul des ventes en avril s’est observé aussi bien à Montréal (-64 % et un prix moyen de 435 000 $), qu’à Québec (-77 % et 277 000 $), Sherbrooke (-56 % et 278 000 $) ou Saguenay (-82 % et 174 000 $).

Le coup de frein au Québec a été comparable à celui qui a été observé en Ontario (-61 %), mais plus marqué que n’importe où ailleurs au Canada, y compris en Colombie-Britannique (-55 %) et en Alberta (-48 %), pour un recul moyen des ventes au pays de 57 % et un total famélique de seulement 20 600 ventes, « un plancher jamais vu en avril depuis 1984 », rapporte l’ACI.

« Comme bon nombre d’aspects de notre vie quotidienne, bien des activités du marché immobilier canadien ont été mises en suspens », a expliqué dans un communiqué Shaun Cathcart, économiste principal de l’ACI. « Cela dit, on décèle des signes de reprise dans les premiers chiffres de mai, tant au niveau des ventes que des nouvelles inscriptions, ce qui porte à croire que les technologies virtuelles nouvelles et existantes ont été adoptées par nos membres et leurs clients. »

 
64 %
C’est le recul du nombre de propriétés vendues par l’entremise de courtiers immobiliers au Québec au mois d’avril.

Reprise et incertitudes

Mais plus encore que l’adoption des visites virtuelles, le monde de l’immobilier au Québec devrait profiter du fait que les visites de propriétés en personne sont de nouveau permises depuis le 11 mai, a noté l’économiste du Mouvement Desjardins, Hélène Bégin, dans une analyse vendredi. « Le marché de la revente se réactivera un peu, mais les acheteurs risquent d’être moins nombreux qu’auparavant », a-t-elle expliqué, « les pertes d’emplois considérables » des dernières semaines et « l’incertitude qui touche de nombreuses entreprises » étant susceptibles d’avoir ébranlé leur confiance.

Si cette hésitation des acheteurs devait se poursuivre alors que plusieurs ménages étaient forcés de mettre en vente leurs propriétés en raison de difficultés financières, on pourrait assister à une diminution des prix, a expliqué l’économiste.

« Nous vivons des heures qui sont tout sauf normales. [Aussi] ces chiffres doivent-ils être pris avec plus que quelques grains de sel », a observé, pour sa part, son confrère de la Banque TD, Brian DePratto. L’effondrement de l’activité immobilière des dernières semaines et son retour à la normale qui semble destiné à s’étendre sur plusieurs mois ne vont pas manquer de provoquer une « distorsion » des prix qui ne refléteront pas toujours la réalité des conditions du marché.

Dans une analyse du marché immobilier canadien, l’économiste de la Banque de Montréal, Robert Kavcic, observait, au début du mois, que la pandémie et les règles de confinement frappaient disproportionnellement les travailleurs les plus vulnérables et les moins bien payés, laissant entrevoir un effet à moyen terme plus grand sur le logement locatif, à moins que l’aide financière d’urgence apportée aux travailleurs par les gouvernements continue de faire contrepoids.

Il rappelait aussi qu’une bonne part de la vigueur du marché immobilier des dernières années tenait aux immigrants et que si, contrairement aux États-Unis, le Canada ne semble pas en voie de leur fermer ses frontières, il se peut que la pandémie vienne perturber les tendances migratoires.

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