​Analyse: les temps sont durs pour l’OMC

Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Robert Azevêdo, a annoncé son départ à la fin de l’été.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Robert Azevêdo, a annoncé son départ à la fin de l’été.

Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Robert Azevêdo, a pris tout le monde par surprise, jeudi, en annonçant son départ à la fin de l’été, un an jour pour jour avant la fin prévue de son deuxième mandat de quatre ans. Le Brésilien a attribué sa décision à des « raisons familiales » et expliqué avoir choisi ce moment afin de laisser aux 164 pays membres le temps nécessaire de lui trouver un successeur avant la tenue d’une conférence ministérielle importante l’année prochaine.

Personnage effacé, pour ne pas dire terne, ce diplomate de carrière a déployé autant qu’il a pu ses talents de négociateur pendant sept ans pour remettre au moins en mouvement une institution qui était arrivée dans une impasse après 12 ans de négociations multilatérales infructueuses censées faire une meilleure place aux pays en voie de développement dans l’ordre commercial mondial.

Déjà critiquée par les uns, qui l’accusaient d’être au service des pays riches, et par les autres, qui lui reprochaient d’être en retard sur les défis de l’heure en plus de se laisser rouler dans la farine par la Chine et ses pratiques commerciales déloyales, l’OMC a vu le ciel lui tomber sur la tête lorsque les États-Unis, la puissance au cœur de sa création, se sont mis à déclarer la guerre commerciale à tout ce qui bouge, notamment au géant chinois, en plus de paralyser, à partir du mois de décembre, ce qui était censé faire d’elle « la gendarme du commerce mondial », c’est-à-dire son mécanisme de règlement des différends.

La pandémie de COVID-19 n’a rien fait pour arranger les choses. Comme il fallait s’y attendre, l’OMC prévoit que le recul de la croissance économique mondiale entraînera une chute de 13 % à 32 % du commerce des marchandises cette année. Mais ce n’est pas tout. Une soixantaine de pays ont élevé de nouvelles barrières commerciales aux échanges de matériel médical, sans que l’institution internationale ait pu faire, ou même seulement dire, grand-chose.

Les nations qui ont resserré leur contrôle des investissements étrangers comptent aussi pour plus de la moitié de l’économie mondiale, 90 % de la population mondiale vit largement désormais derrière des frontières fermées et tout le monde semble désormais convenir de la nécessité de protéger son indépendance industrielle dans des secteurs névralgiques, comme les produits médicaux.

Un mort encore bien vivant

Pour certains, un minuscule virus vient ainsi de porter un coup fatal à la mondialisation, mais c’est une question de définition. Du point de vue commercial, la crise sanitaire semble plutôt en voie d’accélérer un processus qui était déjà en cours et qui vise à rapprocher la production de ses principaux marchés et à renforcer les chaînes de valeurs en les faisant plus courtes et redondantes.

Si l’on entend par mort de la mondialisation un retour de l’État, il est vrai que, à l’exception peut-être des principales banques centrales et des scientifiques du monde entier qui ont pris en chasse le nouveau coronavirus, les pays ont largement fait preuve d’une absence de coordination, notamment au G7 et au G20.

Il est toutefois difficile de s’en réjouir. S’il y a bien un problème qui découle du rétrécissement spectaculaire de la distance entre les peuples et qui ne sera pas vraiment réglé tant qu’il ne le sera pas pour tout le monde, c’est bien l’actuelle crise sanitaire.

Plusieurs en veulent surtout à une certaine conception de la mondialisation faisant la part trop belle aux valeurs de laisser-faire économique. Or de nombreux experts ont rappelé que les grandes crises du passé ont souvent conduit à des avancées sociales et politiques importantes. Cela a été le cas notamment de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre mondiale. après lesquelles s’est construit l’État providence, mais pas seulement. Il en est sorti aussi de grandes institutions multilatérales visant à aider les pays à mieux travailler ensemble, dont les Nations unies, la Banque mondiale et l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, mieux connu sous son acronyme anglais GATT, c’est-à-dire l’ancêtre de l’OMC.