Situation préoccupante pour les ménages très endettés

Le nombre de chômeurs a plus que doublé entre l’avant et l’après-COVID, la crise ayant fait disparaître deux millions d’emplois seulement au mois d’avril.
Photo: Getty Images Le nombre de chômeurs a plus que doublé entre l’avant et l’après-COVID, la crise ayant fait disparaître deux millions d’emplois seulement au mois d’avril.

Malgré l’aide gouvernementale et les mesures d’allègement des institutions financières qui atténuent la situation, les ménages directement touchés par les mises à pied temporaires et les heures de travail réduites peineront à gérer la baisse de leurs revenus, prévient la Banque du Canada, tout en entrevoyant le scénario d’une hausse des cas d’insolvabilité si la crise perdurait.

Si les mesures déployées par la banque centrale ont permis aux marchés financiers de reprendre une certaine normalité, sa direction s’est préoccupée jeudi de l’effet économique de la pandémie — un « événement extrême » —, notamment au chapitre de la pression sur une part des ménages pour lesquels le service de la dette est déjà un poste budgétaire prédominant.

Les banques canadiennes ont autorisé des reports de paiement hypothécaire de six mois pour 700 000 ménages, a indiqué la Banque du Canada dans sa Revue du système financier, entièrement consacrée aux conséquences de la COVID-19. « Elles ont par ailleurs assoupli les conditions de remboursement des cartes et des marges de crédit. Ces mesures permettent à bien des ménages de réduire leurs paiements de dette, mais seulement pendant ces six mois de grâce, après quoi ces paiements augmenteront », a-t-elle écrit.

Selon ses calculs, réalisés à partir des données de Statistique Canada, pour 16 % des ménages, l’emploi a été conservé, mais des membres ont perdu toutes leurs heures de travail ou la majorité. Par ailleurs, pour 20,5 % des ménages, les membres n’ont pas d’emploi ou ne sont pas dans la population active mais veulent du travail.

Le taux de chômage au Canada est passé de 7,8 % à 13 % pendant la crise, a indiqué Statistique Canada la semaine dernière. Le nombre de chômeurs a plus que doublé entre l’avant et l’après-COVID, la crise ayant fait disparaître deux millions d’emplois seulement au mois d’avril. En mars, un million de postes s’étaient volatilisés.

« La proportion de ménages qui consacrent plus de 40 % de leur revenu au service de leur dette — un indicateur de vulnérabilité — affichera vraisemblablement une hausse, surtout alimentée par les ménages dont le revenu ne regagnera pas le niveau d’avant la crise, a écrit la Banque. Malgré les reports de remboursement et le recours accru au crédit, certains ménages n’arriveront probablement pas à faire leurs paiements à temps. En général, les retards touchent d’abord les cartes de crédit, puis les prêts automobiles et, enfin, les prêts hypothécaires. »

Quant à l’effet de la pandémie sur l’évolution du nombre de faillites d’entreprises, cela dépendra de la durée des mesures de confinement, a dit en conférence de presse le gouverneur de la Banque, Stephen Poloz. « Il y a des signes positifs concernant la réouverture de certaines choses, et ça va faire toute la différence », a-t-il affirmé. Certains types d’entreprise sont particulièrement sous pression du fait que leur modèle d’affaires repose sur un roulement constant, comme les restaurants, a cependant nuancé M. Poloz. Cela dit, ce genre de secteur en serait également un qui a la possibilité de redémarrer rapidement, mais il y a beaucoup d’inconnues.

Invitée à commenter l’effet de la crise sur le marché de l’habitation, la direction de la Banque a reconnu qu’il y a un impact évident sur l’activité. « Les ménages ont vécu tout un changement dans leur vie, que ce soit au chapitre des revenus, bien que cela soit atténué par l’intervention gouvernementale, ou au chapitre des mesures de confinement et de leur capacité à accéder au marché immobilier », a dit en conférence de presse la première sous-gouverneure, Carolyn Wilkins. « On a vu une baisse des inscriptions et des ventes, comme prévu. De plus, les prévisions au chapitre des prix se sont affaiblies. « Au fur et à mesure que les mesures de confinement seront graduellement levées, le marché devrait reprendre vie. Combien de temps ça va prendre ? Il est difficile de le dire à ce stade-ci. » Avant la crise, la demande était forte, a-t-elle rappelé.