Le taux de chômage atteint 17% au Québec

Au Canada, les jeunes de 15 à 24 ans connaissent un taux de chômage de 27%.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Au Canada, les jeunes de 15 à 24 ans connaissent un taux de chômage de 27%.

La pandémie de coronavirus a fait bondir, en deux mois, le taux de chômage au Québec de son niveau le plus bas, de mémoire récente (4,5 %), à son niveau le plus élevé, à 17 %.

Au milieu du mois dernier, l’économie québécoise avait perdu 821 000 emplois par rapport aux 4,4 millions qu’elle comptait encore en février, effaçant presque un emploi sur cinq, a rapporté vendredi Statistique Canada. Avec un taux de chômage qui s’est envolé d’un plancher record de 4,5 % en février, à 8,1 % en mars, puis 17 % en avril au Québec, la pandémie et les mesures de confinement et de distanciation sociale des gouvernements ont pulvérisé le précédent record de 15,8 % inscrit en octobre 1982, du moins aussi loin que des données comparables sont disponibles, c’est-à-dire 1976.

Mais ce n’est pas tout. Si l’on ajoute au nombre de chômeurs les personnes qui étaient théoriquement en emploi durant la semaine du 12 au 18 avril durant laquelle l’enquête a été menée, mais qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles (174 000), voire pas travaillé du tout (685 000) pour des raisons liées à la COVID-19, on arrive à un total de presque 1,5 million de travailleurs québécois touchés par la pandémie, a indiqué Statistique Canada au Devoir, soit plus du tiers (34,5 %) de la main-d’œuvre québécoise.

Les autres provinces canadiennes s’en tiraient un peu mieux au même moment, à raison, par exemple, de taux de chômage de 11,3 % en Ontario, 11,5 % en Colombie-Britannique et 13,4 % en Alberta.

Globalement, le Canada a porté, en avril, de un à trois millions le total d’emplois perdus depuis février, faisant grimper son taux de chômage de 5,6 %, ce mois-là, à 7,8 % en mars, et 13 % en avril, soit tout juste en dessous du record de 13,1 % inscrit en décembre 1982. Mais à cette époque-là, il avait fallu, non pas seulement 2, mais 16 mois pour atteindre ce sommet.

Les jeunes de 15 à 24 ans ressortent tristement du lot avec un taux de chômage de 27 %.

Lorsqu’on ajoute les personnes qui avaient toujours un emploi, mais qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles à cause de la pandémie, le nombre de travailleurs touchés s’élève à 5,5 millions. En résumé, « plus du tiers de la population active potentielle était en situation de sous-emploi en avril », contre 11 % deux mois auparavant.

 

 

Pas tous égaux

Premiers frappés par l’effet de la pandémie, la restauration et l’hébergement ont vu leur nombre total d’heures travaillées fondre de 64 % en deux mois, contre 31 % dans les commerces. D’abord relativement épargnés, les secteurs de la construction (-21 %) et de la fabrication (-17 %) ont fini par être touchés à leur tour, à mesure que les règles de confinement des gouvernements se sont mises en place.

Depuis février, les pertes d’emplois ont été plus marquées dans les plus petites entreprises comptant moins de 20 employés (-31 %) que dans les plus grandes de 100 employés ou plus (13 %).

Les travailleurs les plus vulnérables continuent de porter une part disproportionnée du fardeau de la crise. Alors que les pertes d’emplois sont d’un peu moins de 18 % en moyenne pour l’ensemble des employés rémunérés, elles s’élèvent, par exemple, à 23 % pour les immigrants récents, à 30 % pour les employés temporaires et à 38 % pour ceux qui gagnaient moins de 16 $ de l’heure.

Voulant en savoir plus sur ces temps extraordinaires, Statistique Canada a ajouté plusieurs questions à son enquête. Cela permet notamment d’apprendre que sur les 12 millions de Canadiens qui occupaient un emploi à la mi-avril et qui ont travaillé au moins la moitié de leurs heures habituelles, plus du quart (3,3 millions) l’ont fait, pour la première fois, depuis leur domicile.

Pas vraiment surprise par l’ampleur des dégâts, l’économiste du Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau, a souligné que le redémarrage de l’économie avait déjà commencé quelques jours seulement après le coup de sonde de Statistique Canada. Mais « si la hausse du taux de chômage a été spectaculaire, sa diminution suivra une marche moins précipitée », a-t-elle prévenu.

 

 

Prêt pour la relance

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, n’était pas étonné vendredi de voir le Québec plus durement frappé que les autres provinces. « On a confiné plus tôt et plus fort que les autres, a-t-il déclaré en entretien téléphonique au Devoir. Mais il est important de se rappeler que c’est un phénomène temporaire. On a déjà commencé à assouplir les règles dans certains secteurs. »

Il s’attend néanmoins à ce que le retour à la normale se fasse plus lentement dans les secteurs les plus touchés et que toutes les entreprises ne parviennent pas à passer à travers. Le taux de chômage au Québec pourrait, ainsi, être revenu à environ 8 % d’ici la fin de l’année, pense-t-il.

Un premier énoncé budgétaire est prévu le mois prochain, mais ce n’est pas avant l’automne qu’on aura une image plus claire de la situation et qu’on pourra annoncer des mesures fiscales et des programmes d’infrastructures de relance économique.

Tout démarrera rapidement ensuite, assure-t-il. « On est prêts. On sait déjà ce qu’on veut faire. »

 

Le Québec pourra se relever de la crise, pense Moody’s

Même si la pandémie de COVID-19 fait renouer le Québec avec les déficits, cela ne devrait pas ébranler sa cote de crédit, du moins à court terme, estime l’une des principales agences de notation. Dans une note publiée vendredi, Moody’s n’a pas touché à la note de la province — qui est de Aa2 (stable) —, soulignant que la diversification de son économie ainsi que des outils comme le Fonds des générations devraient permettre à la province de se relever de la crise. En revanche, une perte de la « discipline fiscale » qui mènerait à d’importants déficits successifs pourrait se traduire par une décote, a prévenu l’agence. Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, a déjà suggéré qu’il y aurait un manque à gagner pouvant osciller entre 12 milliards et 15 milliards au terme de l’exercice 2020-2021.

La Presse canadienne


À voir en vidéo