Québecor confirme son intérêt pour le Cirque du Soleil

Une scène du spectacle «Corteo», du Cirque du Soleil
Photo: Cirque du Soleil Une scène du spectacle «Corteo», du Cirque du Soleil

Québecor souhaite bel et bien « procéder au sauvetage du Cirque du Soleil », a indiqué la compagnie lundi en précisant être prête à « injecter plusieurs centaines de millions de dollars pour relancer les activités » de l’organisation, frappée au cœur par les effets de la pandémie, et « assurer sa pérennité » en sol québécois.

La société contrôlée par Pierre Karl Péladeau a donné suite aux informations qui circulent depuis quelques jours en précisant qu’elle veut d’abord accéder aux livres du Cirque pour en faire une étude détaillée, mais que cela est impossible, car la direction de celui-ci lui ferme la porte.

« Il est urgent d’agir. Et chaque jour qui passe vient créer un préjudice pour la pérennité du Cirque », a dit en entrevue téléphonique le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau. Invité à révéler les raisons précises invoquées par le Cirque pour lui refuser l’accès aux livres, M. Péladeau a dit qu’« elles sont inexistantes ».

« On nous demande aussi de signer une entente de non-divulgation qui, selon la formule proposée, est tout à fait inacceptable. Dans la vie, on en a fait quelques-unes, des transactions, alors on sait ce qu’est une entente de confidentialité. On constate que ce qui nous est demandé est complètement inacceptable. Mais je ne pourrai pas entrer dans les détails », a dit M. Péladeau.

Frappé de plein fouet par les mesures sanitaires, partout dans le monde, qui l’ont forcé à suspendre plusieurs productions, le Cirque a annoncé en mars la mise à pied temporaire de 95 % de son personnel, soit près de 4700 employés. Selon des informations de l’agence de presse Reuters à ce moment-là, le Cirque aurait une dette d’au moins 900 millions de dollars américains. Le Cirque compte quelques actionnaires, dont le plus important est le fonds d’investissement américain TPG, avec un bloc de 60 %. Viennent ensuite la société chinoise Fosun Capital Group (20 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (près de 20 %). La Caisse, qui n’a pas voulu faire de commentaires, était auparavant à 10 %, mais a récemment racheté la participation de 10 % que détenait toujours son fondateur, Guy Laliberté.

Le Cirque discret

Invitée à réagir, la direction du Cirque a indiqué qu’elle n’avait pas l’intention de commenter publiquement les intentions de Québecor. « Pour l’instant, nous avons le soutien de nos actionnaires, qui continuent de nous appuyer. Notre priorité demeure la protection de notre marque et la réputation de notre entreprise », a indiqué la directrice principale des relations publiques, Caroline Couillard. À la fin du mois de mars, elle avait indiqué au Devoir que la compagnie n’avait pas encore pris de décision sur l’option retenue pour régler ses enjeux financiers.

Selon Québecor, « il est temps d’agir avant que s’engage le processus judiciaire de l’appel à la loi sur la protection des créanciers prévu dans la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (C-36) ». Un tel processus est encadré par la Cour supérieure, qui nomme un contrôleur afin de diriger la restructuration financière d’une compagnie.

« Nous ne pouvons comprendre l’absence d’empressement d’agir de la part de la direction du Cirque, car, chaque jour qui passe, l’avenir de cette entreprise s’hypothèque dangereusement et les forces créatives, auxquelles se rattachent des milliers d’emplois, subissent un préjudice important », a écrit Québecor dans son communiqué. Selon M. Péladeau, la croissance du Cirque est appelée à se poursuivre, et Québecor souhaite « maintenir le siège social et les emplois qui y sont associés ».

Souhaite-t-il la participation financière du gouvernement du Québec dans une éventuelle relance du Cirque ? « La question est prématurée, mais pour l’instant, non », a dit M. Péladeau. Il est également prématuré de se demander si Québecor voudrait faire l’acquisition de la totalité des actions du Cirque, a-t-il dit.