Tiff Macklem sera le prochain gouverneur de la Banque du Canada

Le Montréalais de naissance Tiff Macklem prendra bientôt les rênes d’une Banque du Canada qui n’a ménagé aucun effort pour éviter que les marchés financiers ne se grippent en raison de la pandémie de coronavirus.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le Montréalais de naissance Tiff Macklem prendra bientôt les rênes d’une Banque du Canada qui n’a ménagé aucun effort pour éviter que les marchés financiers ne se grippent en raison de la pandémie de coronavirus.

L’ancien numéro deux de la Banque du Canada, Tiff Macklem, y reviendra par la grande porte à titre de nouveau gouverneur.

Le temps commençait à presser, le mandat de 7 ans de l’actuel gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, prenant fin dans un mois. Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, a finalement mis fin au suspense, vendredi, en annonçant le choix du Montréalais de naissance et visage connu et respecté du domaine, au terme d’une course officiellement lancée en décembre.

La nouvelle a créé une certaine surprise, la rumeur plaçant jusque-là confortablement en tête l’actuel bras droit de Stephen Poloz et première sous-gouverneure de la Banque, Carolyn Wilkins. En charge actuellement des moyens exceptionnels déployés par l’institution pour assurer le bon fonctionnement des marchés financiers en dépit de la crise de la COVID-19, elle serait devenue ainsi la première femme à occuper le poste de gouverneur. Les noms de plusieurs candidats francophones de forts calibres avaient été évoqués comme choix possibles, ce qui aurait aussi été une première.

Le comité spécial indépendant chargé du processus de sélection national et international a eu l’occasion « de rencontrer un groupe de candidats des plus impressionnants », a déclaré dans un communiqué sa présidente, Claire Kennedy. « L’expertise, l’expérience et les perspectives internationales » de Tiff Macklem lui ont permis de remporter la mise, a expliqué en conférence de presse Bill Morneau qui, avec le premier ministre, Justin Trudeau, a eu le dernier mot.

Comme Carolyn Wilkins aujourd’hui, le futur 10e gouverneur de la Banque du Canada était vu comme le grand favori à la succession du gouverneur Mark Carney, en 2013, avant d’être coiffé au poteau par Stephen Poloz.

Né en 1961 à Montréal, où son père s’occupait des finances de la chaîne de magasins Birks, Richard Tiffany (Tiff) Macklem a essentiellement travaillé à la Banque du Canada et au ministère des Finances où il s’est notamment fait remarquer durant les heures les plus sombres de la dernière crise financière en tant que représentant du Canada au G7 et au G20, en tant que que principal complice de Mark Carney au moment de tirer les leçons de ce terrible fiasco financier et en tant que premier président du comité permanent du Conseil de stabilité financière, chargé de la mise en œuvre des nouvelles normes internationales.

Parti occuper le rôle de doyen de l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto après sa déconvenue de 2013, Tiff Macklem y a continué de s’intéresser à ces questions en présidant, entre autres, un Groupe d’experts sur la finance durable.

Il prendra bientôt les rênes d’une Banque du Canada qui n’a ménagé aucun effort pour éviter que les marchés financiers ne se grippent en raison de la pandémie de coronavirus et pour que les entreprises et les ménages aient tout le crédit nécessaire lorsque l’économie sera prête à redémarrer. Son taux directeur est désormais au niveau plancher de 0,25 % et elle a injecté tellement de liquidités, avec ses nouvelles mesures d’assouplissement quantitatif que ses réserves d’actifs, ont déjà plus que triplé, à 380 milliards.

Encore simple observateur jusqu’au 3 juin, Tiff Macklem n’a pas voulu s’avancer sur la suite des choses. « On doit se montrer humble parce que, comme les experts en santé, il y a encore beaucoup de choses qu’on ne sait pas », a-t-il observé durant la conférence de presse.

Le futur gouverneur aura du pain sur la planche, a observé en entretien téléphonique au Devoir Steve Ambler, professeur d’économie à l’UQAM et principal expert de politique monétaire de l’Institut C.D. Howe. Impressionné par l’ampleur des moyens déployés jusqu’à présent, l’expert craint fort que la Banque soit obligée d’en faire encore plus lorsque le temps sera venu de stimuler la relance, au risque de nourrir une flambée inflationniste. »