Trudeau n’envisage pas d’austérité pour éponger la dette

Justin Trudeau écarte la possibilité d’instaurer à court ou moyen terme des mesures d’austérité ou un impôt spécial afin de rembourser l’énorme dette que le Canada aura accumulée pendant la pandémie de COVID-19. Le Canada était dans une bonne posture économique à l’entrée de la crise et il en sortira tout aussi fort, prédit le premier ministre.

« Nous allons pouvoir en sortir, j’espère, mieux positionnés que d’autres et on ne devrait pas avoir à prendre des mesures exceptionnelles », a-t-il déclaré. C’est que le directeur parlementaire du budget (DPB) a prédit jeudi que le déficit pour l’année 2020-2021 atteindra le sommet historique de 252 milliards de dollars, à des années-lumière des 28,1 milliards qui avaient été prévus dans la mise à jour économique de décembre, quand la pandémie et la chute des prix du pétrole ne figuraient pas sur l’écran radar d’Ottawa. Jamais dans l’histoire du Canada le déficit n’avait atteint un tel niveau, pas même en termes relatifs. Un tel déficit représentera 12,7 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, alors que le plus haut ratio enregistré à cet égard a été de 8 % en 1984-1985.

Cette somme s’ajoutera évidemment à la dette du pays, qui bondira de manière spectaculaire d’environ 35 % cette année. La dette, ou le déficit accumulé, s’élevait à 685 milliards en 2018-2019 (dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles), montant auquel il faudra aussi ajouter le déficit de 2019-2020, maintenant évalué à 24,9 milliards. Selon le DPB, la dette du Canada représentera alors 48,4 % du PIB. Il faut remonter à 1999-2000 pour retrouver un ratio aussi élevé. Depuis plusieurs années, Ottawa tentait de ramener ce ratio dans une fourchette de 25 % à 30 %.

Le DPB a aussi confirmé que la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui alloue 2000 $ par mois aux travailleurs ayant perdu leurs revenus à cause de la pandémie, coûtera beaucoup plus cher que ce qui était prévu initialement, soit 35,5 milliards au lieu de 24 milliards. C’est que, depuis l’annonce de sa mise en place, la PCU a été élargie pour couvrir notamment les travailleurs saisonniers et les pigistes gagnant moins de 1000 $ par mois. De même, le DPB prévoit que la subvention salariale coûtera 3 milliards de plus, pour une facture prévue de 76 milliards.

Au total, les mesures de soutien direct mises en place par Ottawa pour traverser la pandémie coûteront 146 milliards. Cela représente une augmentation d’environ 50 % des dépenses annuelles habituelles du gouvernement fédéral. À cette somme s’ajoutent les diverses mesures visant à générer des liquidités dans l’économie — mais qui à terme ne coûteront rien au Trésor — totalisant 671 milliards.

Malgré ces chiffres sans précédent, le premier ministre ne pense pas que ce soit le temps de penser aux finances publiques de l’après-crise. « On n’est pas du tout en train de penser à cela maintenant », a répondu M. Trudeau aux journalistes qui le talonnaient. « On a énormément confiance dans la reprise économique, dans la capacité des Canadiens à reprendre nos activités économiques et la prospérité que nous avions vue pendant bien des années. Les fondamentaux de notre économie demeurent extrêmement forts. […] Certainement qu’on va avoir des réflexions à faire là-dessus, mais pour l’instant, nous sommes concentrés sur ce qu’il faut faire pour aider les Canadiens à passer à travers. »

Dans son analyse, le DPB a d’ailleurs souligné que ce niveau d’endettement record du Canada ne compromettait pas sa capacité d’emprunt future. « Compte tenu de la nature temporaire des mesures budgétaires et de l’expérience du passé, et étant donné que les taux offerts sur le marché du crédit sont historiquement bas, tout laisse croire que le gouvernement pourrait contracter d’autres emprunts s’il le fallait. »

Avec Marie Vastel 

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