​Analyse: subordonner l’économique au bien-être collectif

La mise en pause de l’économie a entraîné une forte contraction des voyages, de la production industrielle et du transport, alimentant à son tour l’effondrement des cours pétroliers.
Photo: Robin Van Lonkhuijsen ANP Agence France-Presse La mise en pause de l’économie a entraîné une forte contraction des voyages, de la production industrielle et du transport, alimentant à son tour l’effondrement des cours pétroliers.

Nous en sommes à ce difficile arbitrage entre les impératifs de santé publique et l’économie, et ceux qui rappellent qu’à un certain point d’inflexion, le choc économique va croître de façon exponentielle et entraîner une crise financière engendrant une dépression. Suivra cette autre dialectique, liée à un lendemain de pandémie opposant les nécessaires relance de l’économie et reconstruction des finances publiques aux enjeux environnementaux criants. Mais en distinguant les impératifs de court, moyen et long termes, cette crise sanitaire propose un choix qui vient subordonner l’économique au bien-être collectif.

Mardi, deux agences de l’ONU ont sonné une alarme qui transcende l’actuelle crise. Le monde doit combattre le réchauffement climatique avec la même « détermination » que la pandémie de COVID-19, a déclaré Petteri Taalas, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), rappelant que la crise climatique demeure sous-jacente à l’actuelle onde de choc, qui se veut temporaire. « Certes, la COVID-19 a provoqué une grave crise sanitaire et économique sur le plan mondial, mais si nous ne luttons pas contre les changements climatiques, le bien-être humain, les écosystèmes et les économies pourraient être menacés pendant des siècles », reprend l’Agence France-Presse.

L’OMM s’inquiète d’autant plus que « les crises économiques précédentes ont souvent été suivies d’une reprise accompagnée d’une croissance des émissions de carbone bien plus forte ».

L’autre cri du cœur est venu du patron du Programme alimentaire mondial, qui craint un doublement cette année du nombre de personnes poussées vers la famine. Certes, la pandémie vient expliquer ce passage du simple au double. Mais le nombre de personnes souffrant sévèrement de la faim dans le monde avait déjà fortement augmenté en 2019 « en raison des conflits, des problèmes climatiques et des chocs économiques », a énuméré l’agence.

La mise en pause de l’économie a entraîné une forte contraction des voyages, de la production industrielle et du transport, alimentant à son tour l’effondrement des cours pétroliers. Au final, l’ONU s’attend à une réduction de 6 % des émissions mondiales de GES cette année, liée notamment à une diminution de la consommation d’énergie fossile qui se veut toutefois temporaire. Or, cela vient avec un important coût économique. « L’impératif de rouvrir les usines et de réduire le chômage va avoir préséance sur la réduction de la consommation d’énergie fossile », rappelle l’agence DBRS Morningstar, dans une note publiée mercredi.

À court terme, ce coût économique et fiscal de la pandémie va détourner l’attention de la décarbonation, de la transition énergétique et d’autres enjeux environnementaux. Pour sa part, le plongeon des cours pétroliers risque de produire pendant un certain temps l’effet pernicieux de retirer un incitatif à la renonciation aux énergies fossiles. Au demeurant, « un retour aux vieilles habitudes est à prévoir après le choc brutal », déplore DBRS, donnant l’exemple de la Chine évoluant désormais en déconfinement.

Du point de vue de l’agence de notation, qui se concentre sur la qualité du crédit et le niveau de solvabilité, l’action ou l’inaction en matière de politique environnementale n’aura aucune incidence immédiate sur la note du crédit souverain. Pire, il existe un choc économique à récupérer et les effets, positifs ou négatifs, générés par une modification de la réglementation environnementale pourraient entraver à court terme cette remise en forme de l’économie et des finances publiques.

Cela vaut pour l’immédiat de l’après-confinement. Pour la toile de fond, « la reprise sera l’occasion, pour les gouvernements, d’avancer sur le chemin de la transition et de la réduction des risques associés aux changements climatiques sur le bilan des gouvernements ». Au-delà du risque financier et de l’ampleur des coûts, économiques et humains, engendrés par le réchauffement, l’agence ne voit que des bienfaits à ce qu’elle appelle la transition écologique, « d’autant que les efforts sont adoptés et coordonnés mondialement ».

Or, voilà le hic.