Brouillard autour de l’impact sur les prix de l’essence

Combien de temps avant que l’extrême volatilité des cours pétroliers, lesquels touchent des creux historiques, ait un effet sur le prix de l’essence à la pompe ? Il est encore beaucoup trop tôt pour répondre à cette question, entre autres à cause de la chaîne de production qui relie le puits aux raffineries et, enfin, à la station-service.

Après avoir sombré en territoire négatif lundi, conséquence d’un manque d’acheteurs, le cours du baril est revenu en terrain positif mardi pour terminer la journée à 10,01 $US. Cependant, le baril de WTI américain pour livraison en juin a, à son tour, plongé de 43 %, à 11,57 $US. Le marché au complet, des producteurs aux consommateurs finaux, est aux prises avec une demande famélique qui ne montrera des signes de reprise que lorsque les mesures de confinement seront graduellement levées.

Au Québec, le prix à la pompe se situe ces jours-ci entre 80 et 90 ¢ le litre, selon les régions, et a été vu sous la barre des 80 ¢ à certains endroits. Le prix moyen à Montréal depuis un an est de 1,23 $, selon la Régie de l’énergie du Québec, comparativement à 1,16 $ à Québec et 1,12 $ à Gatineau. Mais la volatilité des dernières heures a été d’une ampleur insoupçonnée.

Ça prend du temps pour que ce qu’on voit sur les écrans se répercute à la pompe, car l’essence a été acquise des semaines et des mois auparavant, lorsque les prix étaient plus élevés

« Quand on regarde ce qui s’est passé, on n’a pas vu d’impact sur les indicateurs pétroliers chez nous, comme le prix à la rampe de chargement ou l’indicateur quotidien du coût d’acquisition », a dit Pierre-Olivier Fortin, conseiller en communication au CAA-Québec.

« Est-ce qu’il va y en avoir un ? C’est difficile à dire. Car les prix négatifs, il y a une part d’anecdote et une part théorique là-dedans, du fait que c’est le prix du pétrole pour livraison à très, très court terme. Quelles sont les ententes entre les raffineries ici et les producteurs de pétrole ? Ont-ils des ententes à long terme ? Quel prix paient-elles réellement ? On ne le sait pas vraiment. »

Selon la Régie de l’énergie, un litre qui se vendait mardi 90,8 ¢ le litre à Montréal était composé de 39,4 ¢ pour le coût d’acquisition (ce qui inclut le raffinage), de 43 ¢ de taxes spécifiques, de 7 ¢ de marge au détail et de 1,1 ¢ de taxes de vente.

« Ça prend du temps pour que ce qu’on voit sur les écrans se répercute à la pompe, car l’essence a été acquise des semaines et des mois auparavant, lorsque les prix étaient plus élevés », dit Tracy Shuchart, gestionnaire d’actifs pour une firme de placement montréalaise et négociante dans le secteur de l’énergie.

Une chose est sûre : les capacités de stockage sont limitées et la demande en matière d’énergie ne promet pas de rebondir rapidement, ce qui a entraîné le recul des prix pétroliers pour livraison en juin, a écrit Sam Goucher sur le site Web du Conference Board du Canada. Aux prises avec une chute générale de la demande et face à l’arrêt quasi complet de l’industrie aérienne, les raffineries ont été forcées de ralentir leur production d’essence et de carburant aviation. Cela, en conséquence, se répercute sur les cours du pétrole.

L’Arabie saoudite, chef de file de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a dit mardi « surveiller de près » les marchés pétroliers et être prête à prendre « toute mesure supplémentaire », selon l’agence de presse officielle SPA. Le cartel a également fait savoir mardi que plusieurs de ses membres ainsi que d’autres producteurs de pétrole extérieurs à l’organisation s’étaient entretenus lors d’une téléconférence de la « situation dramatique » sur le marché du brut.

L’état actuel du marché reflète à la fois l’étendue sans précédent des mesures de confinement dans le monde et la guerre des prix qui a éclaté en mars entre l’Arabie saoudite et la Russie, qui refusait alors de diminuer sa production.

Avec l’Agence France-Presse

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