Transport aérien: le retour des voyageurs sera lent

L’IATA évalue que la crise menace 25 millions d’emplois dans l’aviation et les chaînes de valeur connexes, y compris le secteur touristique.
Photo: Darren England Associated Press L’IATA évalue que la crise menace 25 millions d’emplois dans l’aviation et les chaînes de valeur connexes, y compris le secteur touristique.

Les compagnies aériennes s’attendent à une reprise plutôt lente au sortir de la pandémie.

« La confiance des passagers sera doublement mise à mal après la pandémie, en raison des préoccupations financières personnelles dans le contexte d’une récession imminente et des inquiétudes concernant la sécurité des voyages. Les gouvernements et l’industrie doivent intervenir de façon rapide et coordonnée par des mesures de renforcement de la confiance », a déclaré Alexandre de Juniac, directeur général et chef de la direction de l’Association du transport aérien international (IATA, en anglais).

Allègements fiscaux

Les compagnies aériennes demandent également aux gouvernements de fournir immédiatement une aide financière pour les aider à demeurer viables et en mesure de diriger la reprise lorsque la pandémie sera endiguée.

En particulier, l’IATA évoque un soutien financier direct, des prêts et garanties de prêts et un soutien au marché des obligations de sociétés, ainsi que des allègements fiscaux.

Dans un récent sondage réalisé du 6 au 9 avril auprès des voyageurs de plusieurs pays et commandé par l’Association, 60 % des répondants disent s’attendre à recommencer à voyager dans un délai d’un à deux mois après l’endiguement de la pandémie de COVID-19, mais 40 % indiquent qu’ils pourraient attendre six mois ou plus. De plus, 69 % indiquent qu’ils pourraient retarder la reprise des voyages jusqu’à ce que leur situation financière se stabilise.

À ce sondage s’ajoute l’expérience observée sur les marchés intérieurs de la Chine et de l’Australie, où le taux d’infection est descendu à de bas niveaux. Dans le premier cas, la demande intérieure a repris du tonus une fois que le taux d’infection à la COVID-19 est descendu sous les 10 % pour s’approcher rapidement de zéro.

Le comportement du marché intérieur est un indicateur critique, puisqu’on s’attend à ce que la reprise post-pandémie commence par les voyages intérieurs

« On a observé une reprise hâtive entre la mi-février et la première semaine de mars. Le nombre de vols intérieurs a atteint un plateau se situant à un peu plus de 40 % du niveau d’avant la COVID-19. » Les coefficients d’occupation de ces vols étaient cependant faibles, laissant présager une reprise de la croissance plus chétive.

En Australie, la demande intérieure a continué de diminuer même après que le taux de nouvelles infections est tombé sous les 10 %. Et le nombre total des vols intérieurs se situe à 10 % du niveau d’avant la COVID-19 même si le nombre de nouvelles infections s’approche de zéro.

« Le comportement du marché intérieur est un indicateur critique, puisqu’on s’attend à ce que la reprise postpandémie commence par les voyages intérieurs, suivis par les voyages régionaux puis intercontinentaux, à mesure que les gouvernements lèveront progressivement les restrictions », ajoute l’IATA. Le marché intérieur compte pour 58 % du total des passagers, mais pour le tiers des revenus totaux des transporteurs.

 

Mesures d’aide urgentes

Ce scénario et ces références ajoutent à l’urgence des mesures d’aide attendues par les compagnies aériennes. Avec sa décision de se placer sous administration volontaire, Virgin Australia, deuxième transporteur aérien d’Australie, devient la première compagnie aérienne d’importance à plier devant la pandémie. Il faut toutefois préciser que Virgin Australia était déjà mal en point financièrement avant l’éclosion de la pandémie.

L’Association, qui compte 290 membres revendiquant 82 % du trafic aérien mondial, revient sur ses sombres calculs. Elle évalue que la crise menace 25 millions d’emplois dans l’aviation et les chaînes de valeur connexes, y compris le secteur touristique. « Les revenus de passagers devraient être de 314 milliards $US inférieurs à 2019 (–55 %) et les compagnies aériennes vont dépenser environ 61 milliards de liquidités durant le deuxième trimestre seulement, alors que la demande plonge de 80 % ou plus. »

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