Face au confinement, la patience des entreprises ne sera pas éternelle

Une petite partie du secteur de la construction résidentielle reprenait ses activités lundi.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Une petite partie du secteur de la construction résidentielle reprenait ses activités lundi.

Les gouvernements doivent se préparer à une levée graduelle de leurs politiques de confinement, la discipline et la patience de la population et des entreprises ayant des limites, estime le Conseil du patronat du Québec (CPQ), qui convient, toutefois, que le retour à la normale des secteurs les plus exposés à la pandémie de coronavirus n’est pas pour demain.

« Une fois que le sommet des cas de COVID-19 aura été franchi et que la courbe de contamination se dirigera vers le bas, il deviendra extrêmement difficile pour le gouvernement de retenir très longtemps les acteurs de l’économie, tant les entreprises que les travailleurs », prévient le CPQ en introduction d’une « Feuille de route pour une relance économique sécuritaire et durable » d’une quarantaine de pages dévoilée lundi. Dit autrement : « La discipline des gens et la cohésion sociale sont des choses qui peuvent se relâcher rapidement », a résumé en entretien téléphonique au Devoir son président et chef de la direction, Yves-Thomas Dorval.

Ce retour à une certaine normalité économique devra se faire par étapes. Déjà, une petite partie du secteur de la construction résidentielle reprenait ses activités lundi. Il faudrait maintenant passer aux autres secteurs de la construction et aux activités manufacturières de première et de deuxième transformation, avant d’étendre le mouvement « dans les semaines suivantes » à des activités manufacturières, technologiques, commerciales, « voire touristiques » à condition qu’elles permettent une distanciation sociale suffisante.

Une forme ou l’autre de réouverture des garderies, écoles, camps d’été et autres « services reliés à la jeunesse » sera rapidement nécessaire pour permettre aux entreprises de compter sur les parents de nouveau.

Encore des mois

D’autres secteurs de l’économie auront vraisemblablement à patienter beaucoup plus longtemps, note le CPQ, qui, pour établir sa feuille de route, a tenu de nombreuses consultations, ces dernières semaines, notamment auprès de sa centaine d’associations sectorielles membres, représentant plus de 70 000 employeurs. C’est que, la priorité devra rester le contrôle de la pandémie et la sécurité de la population, mais aussi son sentiment de sécurité, souligne-t-on.

La discipline des gens et la cohésion sociale sont des choses qui peuvent se relâcher rapidement

Ainsi, on voit mal comment il sera possible de renvoyer les travailleurs dans les ascenseurs de leurs bureaux ou les transports en commun sans accès à des masques de protection. L’arrivée de tests de dépistage de la COVID-19 ultrarapides, espérée dans un à trois mois, et l’apparition de premiers traitements des symptômes de la maladie (dans 3 à 8 mois) aideront à la surveillance et à la gestion de la situation. Quant aux secteurs de l’économie « qui mettent en relations de grands groupes de personnes », « comme les spectacles et la restauration », ils devront probablement attendre au moins 8 à 18 mois, le temps que des vaccins soient disponibles de manière générale.

Le CPQ fait le pari d’un « optimisme prudent ». « Plusieurs organisations ne survivront pas, certaines seront en difficulté pendant une longue période, mais d’autres pourront aussi rebondir. »

Éviter le pire

« Le pire, dit Yves-Thomas Dorval, serait qu’on se retrouve avec une deuxième vague de coronavirus et un confinement 2.0. » Mais il ne faudrait pas non plus que les gouvernements essaient de fixer les conditions de fonctionnement de chaque secteur et de chaque région. La pandémie a déjà bien assez plombé la productivité des entreprises comme ça.

Après tout, plus de la moitié d’entre elles, dans la production de métaux, l’énergie, l’alimentation, la finance, les télécommunications ou le commerce détail, ont continué de fonctionner ces dernières semaines de manière responsable. Il ne faudrait pas essayer de tout contrôler, ou empêcher la réouverture de secteurs à cause des 3 à 5 % de mauvais élèves qui ne respectent pas les consignes de lavage des mains, de distanciation ou d’isolement des employés potentiellement infectés. « On ne ferme pas les autoroutes parce qu’il y a quelques excès de vitesse. On arrête les chauffards », dit le CPQ.

Se félicitant de « la belle écoute » affichée jusqu’à présent par les gouvernements, il les prévient aussi que la « disponibilité de liquidités est incontestablement l’enjeu numéro un des entreprises » et qu’elles auront encore besoin de leur aide, notamment pour tourner à leur avantage leurs innovations technologiques et organisationnelles forcées des dernières semaines.

 

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