Un «effort de guerre» d’exception

La Banque du Canada a acheté pour quelque 200 milliards de dollars d’actif depuis la mi-mars, soit plus du double de la taille de son actif au bilan avant la crise, retient Oxford Economics.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La Banque du Canada a acheté pour quelque 200 milliards de dollars d’actif depuis la mi-mars, soit plus du double de la taille de son actif au bilan avant la crise, retient Oxford Economics.

L’« effort de guerre » monopolise des fonds colossaux, davantage au Canada sur une base relative. « En ces temps exceptionnels, nous avons besoin d’action exceptionnelle », disait mercredi la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva.

Si elle n’a pas eu à le faire lors de la crise financière de 2008, la Banque du Canada a emprunté cette fois la voie de l’assouplissement quantitatif dans son appui à la réplique fiscale et budgétaire d’Ottawa à cette pandémie et aux mesures de confinement sous-jacentes. Une action exceptionnelle qui engendre un grossissement en accéléré du bilan de la banque centrale venant donner la mesure de l’effort gouvernemental consenti. La banque centrale a acheté pour quelque 200 milliards de dollars d’actif depuis la mi-mars, soit plus du double de la taille de son actif au bilan avant la crise, retient Oxford Economics. Et elle entend élargir son action, a-t-elle annoncé mercredi. « Un assouplissement monétaire considérable [est] nécessaire pour préparer le terrain en vue de la reprise économique qui va suivre », a affirmé le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz,

Cette firme de recherches chiffre à 315 milliards, soit environ 14 % du PIB canadien, les programmes d’aide d’Ottawa et des provinces, et ce, sans tenir compte de l’élargissement, annoncé mercredi, de l’accès à la Prestation canadienne d’urgence notamment aux personnes gagnant 1000 $ ou moins par mois. Selon les données d’Oxford, 265 milliards, ou l’équivalent de 11,5 % du PIB, viennent d’Ottawa, 50 milliards (2,2 % du PIB) des provinces. Un effort à la fois sans précédent et plutôt musclé sur une base comparative.

Dans une petite note publiée mercredi, en reprenant la cible projetée du Fonds monétaire international d’un déficit bondissant légèrement sous les 12 % du PIB en 2020, les analystes de la Banque Nationale retiennent que le Canada sera le seul pays dit développé à connaître une détérioration aussi forte sur un an. Ce creusement résulte à la fois de la détérioration de l’activité économique et de l’aide fiscale et budgétaire exceptionnelle déployée pour atténuer les effets de cette pandémie.

Mais, faible consolation, à l’instar du Directeur parlementaire du budget (DPB) qui concluait à l’existence d’une marge de manœuvre à Ottawa en matière d’endettement, le Canada se positionnera favorablement par rapport au G7 dans ce jeu de comparaison avec un ratio dette nette/PIB légèrement au-dessus des 40 % prévu à la fin de 2020, contre une moyenne de 107 % pour le G7, et un ratio dette brute/PIB de 110 % contre 135 %, pour reprendre les données de la Banque Nationale.

Le 10 avril dernier, et sur la base des mesures d’aide fédérale de soutien direct totalisant 28,5 milliards annoncées le 11 mars et le 18 mars, le DPB soulignait que l’augmentation du déficit budgétaire et la diminution du PIB nominal ramèneront le ratio de la dette fédérale au PIB à 38,1 % en 2020-2021, une première depuis 2003-2004. « Il demeure toutefois bien en deçà du sommet de 66,6 % atteint en 1995-1996 », ajoutait-il, tout en précisant que les mesures additionnelles annoncées après le 23 mars ne sont pas comprises dans son calcul.

Aussi cette dette s’accumule, certes, dans un environnement déflationniste, mais son poids s’en trouve atténué par des taux d’intérêt maintenus à des creux historiques. Et par l’espoir que ces mesures, temporaires pour l’essentiel, ouvriront la voie à une récupération fiscale notoire en 2021.

Reste le triple A du Canada, une cote de solvabilité qui pourrait devenir un enjeu cette année. Les analystes de la Nationale ont établi une comparaison avec huit pays également dotés de la plus haute notation. Dans cet échantillon, le ratio médian dette nette/PIB se situait autour de 23 % et celui de la dette brute/PIB, de 44 %, ont-ils écrit. Sans compter que le Canada abrite des provinces pétrolières en mauvaise santé.