Le salaire minimum passera à 13,10$ de l’heure au Québec, comme prévu

L'augmentation survient au moment où des employeurs ont offert des primes temporaires à leur personnel afin de reconnaître leurs efforts en période de crise.
Photo: Michael Monnier Le Devoir L'augmentation survient au moment où des employeurs ont offert des primes temporaires à leur personnel afin de reconnaître leurs efforts en période de crise.

Présentant la mesure comme un coup de pouce aux travailleurs qui œuvrent dans des secteurs essentiels, le gouvernement québécois a annoncé mercredi qu’il relève comme prévu le salaire minimum pour le porter à 13,10 $ de l’heure au 1er mai. L’augmentation de 60 cents, que certains estiment insuffisante, touchera un peu plus de 400 000 personnes.

La décision, qui survient au moment où des employeurs ont offert des primes temporaires à leur personnel afin de reconnaître leurs efforts en période de crise, découle d’un engagement pris au mois de décembre. Suivant un plan stratégique de 2019-2023, le gouvernement y voyait alors une façon de soutenir le pouvoir d’achat tout en luttant contre la pauvreté, cela en tenant compte des moyens des employeurs.

« Il s’agit d’un geste concret permettant de favoriser la reprise économique du Québec », a dit le ministre du Travail, Jean Boulet. « En plus d’assurer une rémunération équitable aux salariés concernés, nous augmentons leur pouvoir d’achat sans nuire à l’emploi et à la compétitivité des entreprises québécoises. » Pour les employés à pourboire, le salaire minimum augmentera de 40 cents, à 10,45 $.

On le voit depuis des années que le salaire minimum ne permet pas de sortir de la pauvreté, même si on travaille à temps plein toute l’année

Le plan stratégique 2019-2023 du ministère du Travail affirme entre autres que « dans l’optique de contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des salariés tout en préservant la compétitivité des entreprises, le ministère doit notamment s’assurer que le salaire minimum peut représenter une rémunération suffisamment intéressante afin de pourvoir des emplois présentement disponibles en grand nombre ». Depuis 2008, lorsque le salaire minimum se situait à 8,50 $ l’heure, l’augmentation graduelle du salaire minimum a été plus forte que l’indice des prix à la consommation, précise le document.

Pas assez vite

« On pourrait aller plus vite et plus loin, ça fait longtemps qu’on le dit », a toutefois affirmé en entrevue Virginie Larivière, porte-parole et organisatrice politique du Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui regroupe entre autres des organisations syndicales, sociales et communautaires. Les dernières années ont été marquées par la campagne 5-10-15, qui demande cinq jours d’avis pour connaître son horaire, 10 jours de congé de maladie ou de responsabilité familiale par année et un salaire minimum de 15 $ l’heure.

« On ne pense pas que laisser les gens dans la pauvreté, même s’ils travaillent à temps plein, c’est une bonne idée, a ajouté Mme Larivière. On pense qu’il y a là une incohérence évidente avec le discours politique et des organisations patronales, selon lequel c’est par le travail qu’on sort de la pauvreté. […] On le voit depuis des années que le salaire minimum ne permet pas de sortir de la pauvreté, même si on travaille à temps plein toute l’année. Cette incohérence est rendue tellement visible avec la pandémie que c’est gênant. »

Québec a raté une occasion et a le « devoir moral » d’aller au moins à 15 $ l’heure, a affirmé la FTQ. Selon son président, Daniel Boyer, les personnes qui travaillent au salaire minimum devraient recevoir davantage que des « primes temporaires, mais une réelle reconnaissance. Pour ces travailleurs, c’est tous les jours qu’ils sont en crise parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour payer le loyer, l’épicerie, pour habiller les enfants ».

Pendant ce temps, les PME font face à des dépenses fixes et Québec devrait leur donner de l’air, a plaidé la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Les deux tiers des PME vivent une baisse de 50 % de leurs ventes. « C’est dans ce contexte qu’elles voient le gouvernement leur imposer de nouvelles charges avec l’augmentation du salaire minimum. Pour sauver les petites entreprises, le gouvernement doit mettre en place une subvention d’urgence pour les aider à payer leur loyer et leurs autres coûts fixes, et en leur accordant un congé des cotisations des charges salariales », a dit son vice-président, François Vincent.