Plus de 1 million d’emplois ont disparu en mars

La situation est particulière, s’est empressée de souligner Statistique Canada. Des milliers de personnes ont été mises à pied, certaines se mettant à la recherche d’un nouvel emploi.
Photo: La situation est particulière, s’est empressée de souligner Statistique Canada. Des milliers de personnes ont été mises à pied, certaines se mettant à la recherche d’un nouvel emploi.

Ce n’est que le début, et il faudra patienter jusqu’aux données du mois d’avril pour avoir une pleine mesure de l’effondrement. Voilà l’une des mises en garde adressées par Statistique Canada jeudi en annonçant une forte hausse du taux de chômage tant au Québec qu’au Canada, où plus de trois millions de personnes ont été touchées d’une manière ou d’une autre, qu’il s’agisse d’une mise à pied ou d’une chute du nombre d’heures de travail.

Les chiffres frappent l’imaginaire : le taux de chômage a bondi à 8,1 % au Québec, en hausse de 3,6 points de pourcentage, et de 7,8 % au Canada, un bond de 2,2 points. D’entrée de jeu, l’agence fédérale a admis que la tâche consistant à faire le portrait du marché de l’emploi du 15 au 21 mars n’a pas été « un exercice ordinaire », l’enquête auprès de 56 000 ménages ayant eu lieu au moment où la pandémie entamait ses ravages dans tous les secteurs de l’économie.

Environ un million d’emplois se sont volatilisés au mois de mars, dont les deux tiers au Québec et en Ontario. À lui seul, le secteur des services au Québec a éliminé 264 000 emplois d’un seul coup, du jamais vu depuis la tenue des statistiques modernes. À l’échelle canadienne, si l’on ajoute les centaines de milliers de personnes n’ayant pas pu travailler leurs heures normales et les personnes absentes, l’impact se chiffre à 3,1 millions de travailleurs, souvent dans des emplois précaires. Par exemple, dans la restauration et l’hébergement, où les salaires sont modestes, 294 000 emplois ont disparu, une dégringolade de 24 %.

 
7,8 %
C’est le taux de chômage au Canada pour le mois de mars, un bond de 2,2 points de pourcentage.

La situation est particulière, s’est empressée de souligner Statistique Canada. Des milliers de personnes ont été mises à pied, certaines se mettant à la recherche d’un nouvel emploi alors que d’autres attendent sur les lignes de côté, convaincues de ne rien trouver pour l’instant dans un marché où les employeurs sont paralysés. Ou encore, nombreux sont les gens qui ont subi une réduction de leurs temps de travail. Bref, des scénarios innombrables n’apparaissent nulle part dans les données officielles du taux de chômage, ce qu’avaient anticipé plusieurs économistes au cours des derniers jours.

« Pour mesurer pleinement l’ampleur et la portée des répercussions de la COVID-19 sur les travailleurs canadiens et les entreprises, des mesures supplémentaires sont nécessaires », a indiqué Statistique Canada. « Ceci comprend des estimations du nombre de Canadiens qui ont gardé leur emploi, mais qui ont travaillé moins d’heures, et des estimations du nombre de personnes qui n’ont pas cherché de travail en raison de la fermeture constante d’entreprises. »

Pour illustrer l’importance que revêtiront également les données du mois d’avril, l’Institut de la statistique du Québec a rappelé que la semaine du 15 au 21 mars a été marquée par le début des mesures sanitaires, mais que la pause imposée aux entreprises non essentielles est arrivée seulement la semaine suivante, soit le 23 mars. Aussi, puisque les mesures d’aide financière fédérales ont été annoncées après la collecte des données auprès des ménages, ceci pourrait brouiller le portrait.

« Pire » que prévu

Pour l’instant, les données sur les pertes d’emplois sont « pires » que ce que l’on attendait, a souligné la Financière Banque Nationale. Dès le mois d’avril, le repli cumulatif du marché du travail pourrait même dépasser le recul de 5,4 % observé pendant la crise de 1981-1982. « L’option du télétravail activée en raison de la pandémie n’est pas accessible à une grande partie de la main-d’œuvre, d’où les fortes pertes de l’emploi enregistrées en mars dans les secteurs où les employés peuvent difficilement, voire pas du tout, travailler de chez eux, à savoir l’hébergement, le commerce de détail, la fabrication », a indiqué Krishen Rangasamy.

De nombreux économistes s’attendaient à ce que la crise porte le taux de chômage à près de 10 % (Mouvement Desjardins), voire 12 % sur l’ensemble du deuxième trimestre de 2020 (Banque Laurentienne). « C’est sûr qu’on va travailler sur nos chiffres, mais c’est plus certain » qu’il aille au-delà de 10 %, a affirmé jeudi Hélène Bégin, économiste chez Desjardins. « En un mois, on est passé de 4,5 % à 8 %, et on pense qu’en avril, ça va donner un autre gros coup. »

Les prochaines données pourraient toutefois être influencées par le programme fédéral de subvention salariale, à condition qu’il soit vite adopté aux Communes, a précisé Mme Bégin. Si plusieurs grandes compagnies faisaient comme Air Canada, qui s’est engagée à remettre 16 500 employés au registre de paie, « beaucoup de gens pourraient considérer qu’ils n’ont pas perdu leur emploi ».