​Analyse: des chaînes d’approvisionnement à remodeler

Le commerce mondial pourrait chuter entre 13 et 32% en 2020 selon le scénario probable ou pessimiste, avertit l’Organisation mondiale du commerce.
Photo: Charly Tribaleau agence france-presse Le commerce mondial pourrait chuter entre 13 et 32% en 2020 selon le scénario probable ou pessimiste, avertit l’Organisation mondiale du commerce.

La détérioration observée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) témoigne de cette montée du protectionnisme dans l’ère Trump et post-Brexit tout en mesurant l’impact des tensions galvanisé par cette guerre commerciale opposant les deux plus grandes puissances économiques. La COVID-19 viendra amplifier le mouvement en accélérant le remodelage des chaînes d’approvisionnement déjà en cours.

Les données sont parlantes. Le commerce mondial pourrait chuter de 13 à 32 % en 2020 selon le scénario probable ou pessimiste, avertit l’OMC. Le premier prévoit un net recul du commerce suivi par une reprise à partir de la seconde moitié de 2020. Le plus pessimiste s’articule autour d’une baisse initiale plus forte et d’une reprise plus prolongée et incomplète. Et le directeur général Roberto Azevedo d’ajouter que, quelle que soit l’hypothèse retenue, la pandémie du coronavirus nous place « face à ce qui pourrait être la plus grave récession ou le plus sérieux revers économique de notre existence ».

Toutes les régions devraient connaître un recul des échanges commerciaux, dans les deux chiffres pour la quasi-totalité, le ressenti plus sévère étant attendu en Amérique du Nord et en Asie, avec un recul des exportations de 40 et de 36 % respectivement, selon le scénario le plus pessimiste.

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Le rapport rappelle que le commerce faiblissait déjà en 2019, plombé par les tensions commerciales et le ralentissement de la croissance économique. Le commerce mondial des marchandises a enregistré un recul de 0,1 % en volume l’an dernier, après avoir progressé de 2,9 % l’année précédente, indique l’OMC dans son rapport publié mercredi.

Quant aux projections, « la plupart des régions pourraient enregistrer en 2021 une reprise à deux chiffres avoisinant 21 % dans le scénario optimiste et 24 % dans le scénario pessimiste ». Mais l’ampleur de l’incertitude étant très élevée, « il est tout à fait possible que les résultats soient supérieurs ou inférieurs à ces chiffres en 2020 aussi bien qu’en 2021 ».

L’OMC fait ressortir une composante majeure de l’actuelle crise voulant que le commerce des services soit directement touché en raison des restrictions imposées dans les domaines des transports et des voyages et de la fermeture de nombreux établissements de vente au détail et d’hébergement. « Contrairement aux marchandises, il n’y a pas de stocks de services dans lesquels on pourrait puiser aujourd’hui et qui pourraient être reconstitués par la suite. Les baisses du commerce des services durant la pandémie pourraient donc être perdues à jamais.

Sécuriser les approvisionnements

Un autre élément particulier émerge et porte sur le rôle des chaînes de valeur, déjà modifiées par la guerre commerciale sino-américaine. « La perturbation des chaînes de valeur posait déjà problème lorsque la COVID-19 était essentiellement limitée à la Chine. Elle reste un facteur dominant, aujourd’hui que la maladie est largement répandue. Il est probable que la baisse du commerce sera plus forte dans les secteurs caractérisés par des chaînes de valeur complexes, notamment ceux de l’électronique et des produits automobiles », soutient l’OMC.

Mais plus fondamentalement encore, la crise de la COVID-19 est venue braquer les projecteurs sur les questions d’autonomie de production et de sécurisation de l’approvisionnement, notamment en produits essentiels.

« La COVID-19 accélérera aussi ce qui a été amorcé par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine : la fin d’une ère où la plupart des sociétés pouvaient concentrer une grande partie de leurs activités de production dans les régions aux plus bas coûts. Cela signifie que les sociétés devront dédoubler leurs chaînes d’approvisionnement dans plusieurs pays, un processus qui sera à la fois long et coûteux », écrit mercredi l’analyste Angelo Katsoras, de la Banque Nationale.

Il donne l’exemple de la chaîne d’approvisionnement du secteur de la santé, plutôt ébranlée par le chacun pour soi observée en cette pandémie. Pour rappeler qu’un choix devra être fait entre la sécurité d’approvisionnement et un accroissement des coûts découlant du morcellement de la production mondiale.