Forte hausse du taux de chômage en vue

En février, le taux de chômage au Québec était de 4,5%, comparativement à 5,5% au Canada.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir En février, le taux de chômage au Québec était de 4,5%, comparativement à 5,5% au Canada.

Les mises à pied massives qui se sont accumulées un peu partout au Canada auront vraisemblablement pour effet de faire grimper le taux de chômage autour de 10 % ou plus pour quelques mois, préviennent des économistes, en précisant toutefois qu’une reprise des activités entraînera un recul marqué dans la deuxième moitié de 2020, sans toutefois revenir au niveau qu’il affichait ces derniers mois.

Les données du chômage pour le mois de mars sont prévues jeudi, mais le traitement des statistiques et le délai de publication signifient que le portrait sera celui observé au milieu du mois de mars seulement, avant la multiplication des mesures sanitaires et, au Québec par exemple, la pause imposée aux entreprises non essentielles.

Or, environ 2,13 millions de Canadiens ont déposé une demande d’assurance-emploi dans les deux dernières semaines du mois de mars, selon ce qu’a indiqué la ministre fédérale de l’Emploi la semaine dernière. Cela reflète les propos de différents regroupements du milieu des affaires, selon lesquels PME et plus grandes compagnies ont été très nombreuses à devoir mettre des employés à pied de façon temporaire.

10%
C’est le taux de chômage que devrait atteindre le Canada en avril, selon les estimations de certains économistes.

Le Québec a déjà vu des taux de chômage supérieurs à 10 %, a rappelé mardi l’équipe d’économistes du Mouvement Desjardins. Prévoir le taux des prochains mois demeure malgré tout « hasardeux », a dit Hélène Bégin lors d’un entretien téléphonique. Certains secteurs pourraient prendre plus de temps à revenir à des niveaux considérés comme normaux, comme le secteur aérien et le tourisme, a-t-elle précisé.

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Jusqu’à 12 %

Le taux de chômage au Canada passera au-dessus de la barre de 10 % à compter du mois d’avril et se situera en moyenne à 12 % sur l’ensemble du deuxième trimestre, a plutôt estimé la Banque Laurentienne. Au plus fort de la dernière crise financière, en 2009, il avait atteint 8,5 %, a-t-elle rappelé. Lors du creux économique de 1992, le taux de chômage s’était hissé à 11,5 %. En attendant la fin des mesures de confinement pour ralentir et bloquer la propagation de la COVID-19, « il est impératif de souligner que les multiples aides financières annoncées par les gouvernements procureront un soutien sans précédent aux Canadiens ayant perdu leur revenu habituel », a ajouté son économiste en chef, Sébastien Lavoie.

Selon les chiffres qui circulaient dans plusieurs médias lundi, plus de trois millions de Canadiens auront recours à l’aide fédérale, ce qui représente le total des demandes d’assurance-emploi et les demandes pour la Prestation canadienne d’urgence. Celle-ci prévoit une prestation de 500 $ par semaine pour un maximum de quatre mois.

Cela dit, le taux de chômage officiel sera-t-il entièrement représentatif de la situation réelle sur le terrain ? Peut-être pas, a avancé en début de semaine le Mouvement Desjardins. Celui-ci a mentionné que la définition classique d’un chômeur, chez Statistique Canada, pourrait avoir pour effet d’exclure certaines personnes du bassin de la population active. Pourquoi ?

« Les employés qui sont mis à pied temporairement et en attente d’un rappel éventuel devraient être considérés comme étant en chômage même s’ils ne cherchent pas un autre travail en attendant, a écrit Desjardins. Cependant, ceux ayant fait l’objet d’un licenciement définitif, sans possibilité de retour chez l’ancien employeur, font partie de la catégorie des chômeurs uniquement s’ils sont à la recherche d’un emploi. » Or, le marché de l’emploi est pour l’instant « peu propice » à la recherche d’un boulot et « il est probable que les travailleurs remerciés pour de bon ne soient pas déjà en quête d’un autre travail. Ils seront alors exclus de la population active ».