La production d’équipements de protection médicale a commencé

Pour le moment, il est question de blouses de protection lavables pour les médecins, les infirmières ou encore les ambulanciers.
Photo: Ted S. Warren Associated Press Pour le moment, il est question de blouses de protection lavables pour les médecins, les infirmières ou encore les ambulanciers.

Des entreprises québécoises n’ont pas attendu le feu vert de Québec pour commencer à produire les blouses médicales qui manquent à son personnel soignant. Elles auront toutefois besoin que le gouvernement leur passe une commande ferme pour en accélérer rapidement la production et répondre enfin à la demande.

Au terme d’un peu plus de deux semaines intenses de tests de conformité et de concertation, les secteurs du textile et du vêtement québécois ont présenté lundi les principaux acteurs d’une nouvelle chaîne de production d’équipements de protection médicale individuels.

Chef de file de la production d’uniformes au Canada, Logistik Unicorp, de Saint-Jean-sur-Richelieu, n’a même pas attendu que le gouvernement lui passe une première commande pour passer à l’action. « On a commencé la production aujourd’hui et les premières livraisons pourront se faire à partir de la semaine prochaine », a déclaré en entretien téléphonique au Devoir Karine Bibeau, vice-présidente aux ventes de l’entreprise qui compte 1900 employés dans le monde, dont 550 au Québec, et qui habille chaque année 325 000 militaires, facteurs, douaniers, agents correctionnels et gardiens de parcs au Canada.

Pour le moment, il est question de blouses de protection lavables pour les médecins, les infirmières ou encore les ambulanciers. Pourront venir ensuite des blouses jetables ainsi que d’autres équipements de protection, y compris les fameux masques N95. Faisant appel à un vaste réseau d’ateliers de confection, Logistik Unicorp croit pouvoir porter sa production hebdomadaire à 200 000 blouses « d’ici deux à trois semaines ». « On pourra facilement doubler ce volume, si on nous le demande. »

En attendant la commande

Mais voilà. En dépit de ses nombreux appels du pied au gouvernement depuis une semaine, l’industrie québécoise des matériaux textiles techniques et du vêtement attend toujours la première commande qui permettra de donner au projet son erre d’aller.

Lors de son point de presse quotidien, lundi, François Legault a rapporté que le Québec n’en avait que pour « 6 jours seulement » de réserve de blouses de protection, contre 13 jours de masques N95 et 10 jours de masques chirurgicaux. Se disant en communication constante avec les compagnies québécoises susceptibles de produire ce matériel, le premier ministre a toutefois ajouté que « ça va prendre encore quelques semaines avant d’y arriver ». Alain Duval se dit pourtant on ne peut plus prêt à fournir à Logistik Unicorp les textiles spécialisés dont elle aura besoin. Le président de Duvaltex, une compagnie de Québec qui compte 8 usines et 600 employés au Canada et aux États-Unis, a même commencé à rappeler les employés qu’il avait temporairement mis à pied à cause de la pandémie de COVID-19 afin d’accélérer cette nouvelle production.

« Je pourrais même devoir embaucher de nouveaux employés si la demande le justifie, mais on ne pourra pas déployer tous ces efforts sans entente d’achat » avec le gouvernement.

Souveraineté industrielle

Outre Duvaltex, une demi-douzaine d’autres importantes entreprises du textile québécoises se disent prêtes aujourd’hui à fournir les matériaux nécessaires aux réseaux d’ateliers de confection que supervisera Logistik Unicorp. Cette production coûtera plus cher, bien sûr, que ce que l’on a l’habitude d’importer d’Asie, mais pas tant que cela, assure-t-on.

Nos techniques de production sont déjà très efficaces, et pourraient être encore plus automatisées

 

« Nos techniques de production sont déjà très efficaces, et pourraient être encore plus automatisées », dit Alain Duval.

Les instigateurs du projet entendent accorder la priorité aux entreprises et aux besoins locaux à un moment où tous les pays manquent d’équipements de protection médicale et où tous les coups semblent permis pour les acquérir. « C’est l’avantage d’avoir des entreprises québécoises qui possèdent des usines à l’étranger plutôt que l’inverse », dit Alain Duval, qui rapporte que des clients américains ont déjà commencé à s’intéresser à sa nouvelle production.

Et qui sait, les pouvoirs publics continueront peut-être, une fois la crise passée, de s’approvisionner auprès des nouvelles chaînes de production qui se mettent en place au Québec. « Je le souhaite, évidemment.  »