Wall Street sur une lancée

Les investisseurs des grandes places boursières, ici celle de New York, ont manifesté lundi leur confiance en un retour à une certaine normalité dans un horizon pas si lointain.
Angela Weiss Agence France-Presse Les investisseurs des grandes places boursières, ici celle de New York, ont manifesté lundi leur confiance en un retour à une certaine normalité dans un horizon pas si lointain.

Terrains d’anticipation et d’émotivité, les marchés boursiers carburaient lundi à l’espoir d’une atteinte imminente du pic dans la propagation de la pandémie. De Tokyo à New York, les investisseurs des grandes places boursières ont manifesté lundi leur confiance en un retour à une certaine normalité dans un horizon pas si lointain.

Le ton de la séance était donné avec un bond de plus de 4 % de l’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo. Les places boursières d’Europe y ont fait écho, avec des gains oscillant entre 4 et 5,8 %. Wall Street est venu clôturer la séance avec un saut de 7,7 % du Dow Jones, de 7,3 % du Nasdaq et de 7 % de l’indice élargi S&P 500. La poussée a été de 5,1 % à Toronto, l’envolée du S&P/TSX ayant été ralentie par un recul des cours pétroliers.

Même l’indice VIX, dit de la peur, a mesuré ce regain de confiance en abandonnant 3,1 % lundi pour revenir à 45,36 points. Cet indicateur de la volatilité du S&P 500 revient de loin, après avoir touché un sommet de 82,69 points le 16 mars.

Les investisseurs s’accrochent au moindre signe pouvant alimenter un optimisme prudent. Aussi lugubres soient-elles, les données sur la mortalité liée à la COVID-19 donnent des indications de l’atteinte d’un plateau en Europe, ont-ils retenus, là où certains pays commencent à évoquer une phase 2 prévoyant un retrait progressif des mesures de confinement. Aux États-Unis, ils se sont aussi montrés rassurés par un semblant de stabilisation dans l’État de New York, épicentre de la pandémie dans le pays : ces deux derniers jours, le nombre de décès quotidiens de la pandémie recensés dans l’État a semblé plafonner juste en dessous des 600, après un record de 630 de vendredi à samedi.

Les investisseurs ont également pris connaissance d’une série de nouvelles mesures annoncées par le Japon, Singapour et l’Espagne pour amortir les effets économiques du virus, tandis qu’aux États-Unis, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a évoqué la perspective d’un autre plan dans le courant du mois pour stimuler l’économie américaine. La Réserve fédérale américaine a déclaré de son côté qu’elle allait participer au plan de sauvetage des PME mis sur pied par Washington.

Reprise en Chine

Côté asiatique, le Fonds monétaire international s’est réjoui du regain de l’activité économique en Chine, mais sans emballement. La timide reprise économique en Chine, après le brutal coup d’arrêt pour contenir la pandémie de coronavirus, est « encourageante », soulignait lundi l’économiste en chef du FMI, tout en mettant en garde contre la tentation de se réjouir trop vite tant l’incertitude est « immense ».

« La reprise en Chine, quoique limitée, est encourageante, indiquant que les mesures d’endiguement de la pandémie peuvent parvenir à un succès dans le contrôle de l’épidémie », estime Gita Gopinath dans un blogue, écrit conjointement avec John Bluedorn, un des responsables du département de recherches du Fonds monétaire international, et Damiano Sandri, économiste du Fonds. Ils observent cependant que l’incertitude est « immense » sur le rythme à venir de l’épidémie. « Une recrudescence de sa propagation en Chine et dans d’autres pays ne peut pas être exclue », écrivent-ils.

L’épidémie, qui a eu de graves répercussions sur la production et le fonctionnement des entreprises en Chine, a pratiquement mis à l’arrêt le pays en février. La paralysie de l’économie chinoise, deuxième au monde, suivie du brutal coup de froid de l’économie américaine, également en raison du coronavirus, a plongé le monde dans la récession. Les blogueurs estiment que la récession « sera pire » que celle de 2009, qui avait suivi la crise financière.

Choc moindre qu’en 2008

Isabelle Mateos y Lago, directrice adjointe de l’équipe responsable des institutions souveraines chez le géant des fonds d’investissement BlackRock, a toutefois souhaité nuancer ce pronostic. « Il faut garder à l’esprit que c’est un choc qui devrait être de courte durée par rapport à une récession classique. »

« Pour la crise de 2008, il a fallu plusieurs années pour corriger les excès, ce qui a représenté un manque à gagner de l’ordre de 50 % du PIB mondial de 2007. Si les confinements peuvent être levés après un trimestre, l’impact s’annonce de l’ordre de 10 à 15 % du PIB de 2019, soit un choc quatre à cinq fois moindre que celui de 2008 », analyse la spécialiste.

Ces répercussions temporaires et globalement moins importantes, auxquelles s’ajoutent « le fait que la réponse politique et économique soit extrêmement ambitieuse », ainsi que « les mesures techniques déployées par les banques centrales pour assurer un retour à la normale », notamment en matière de liquidités, « ont aidé les marchés à trouver un plancher pour se stabiliser ».

Désormais, la question clé, anticipe Isabelle Mateos y Lago, est de savoir « combien de temps va durer la phase de stabilisation avant [qu’on voie] une décrue de l’épidémie — en Chine il a fallu trois semaines » — et « comment va s’opérer la sortie de confinement ».

Avec l'Agence France-Presse