Les banques américaines sous pression

Les banquiers de Wall Street redoutent qu’une suspension des dividendes ne déprime davantage leurs actions déjà en forte baisse.
Photo: Frederic J Brown Agence France-Presse Les banquiers de Wall Street redoutent qu’une suspension des dividendes ne déprime davantage leurs actions déjà en forte baisse.

En 2008, les grandes banques américaines avaient été sauvées de la faillite avec l’argent du contribuable d’une crise causée par leurs errements. Douze ans plus tard, requinquées, elles ne veulent pas rogner sur leurs dividendes en pleine pandémie malgré les pressions politiques.

Les établissements bancaires américains avaient jusqu’à lundi pour indiquer à la Banque centrale américaine, la Fed, la façon dont elles entendent distribuer leurs liquidités. Ils devraient annoncer, selon des sources bancaires, qu’ils envisagent de verser les dividendes, gage de bonne santé financière et moyen de séduire des investisseurs.

« Notre dividende est logique », a déclaré mercredi sur la chaîne CNBC Michael Corbat, le directeur général de Citigroup, la quatrième banque américaine en matière d’actifs. « Nous allons continuer à le verser », avait-il ajouté, résumant un sentiment largement répandu au sein des banquiers de Wall Street, qui redoutent qu’une suspension des dividendes ne déprime davantage leurs actions déjà en forte baisse.

Aider les entreprises

Cette position est impopulaire, notamment chez des élus démocrates, qui appellent les banques à aider les entreprises, en manque de trésorerie, à survivre à la pandémie de coronavirus.

D’autant que le tableau économique est désastreux : près de 10 millions d’Américains se sont inscrits au chômage lors des deux dernières semaines de mars, des milliers de restaurants, de commerces de proximité et des chaînes de magasins ont fermé, affectés par les mesures prises pour endiguer la propagation de la COVID-19, maladie causée par le nouveau coronavirus.

En Europe, la Banque centrale européenne, a incité les firmes de la zone euro à ne pas rémunérer leurs actionnaires pour les années 2019 et 2020. La défense des banques américaines est que leur situation financière est beaucoup plus solide que celle de leurs rivales européennes et qu’elles ont des bilans assainis pour à la fois financer l’économie et continuer à choyer leurs actionnaires.

« Les banques américaines ont déprécié leurs actifs [toxiques] et en ont essuyé les pertes entre 2008 et 2012. Elles ont depuis reconstruit leurs capitaux et liquidités », estime Marty Mosby, analyste chez Vining Sparks. Ce n’est pas le cas, selon lui, sur l’autre rive de l’Atlantique, où les banques européennes « ont étalé leurs pertes dans le temps ».

Gregori Volokhine, de Meeschaert, fait remarquer que le retour sur fonds propres montre que, pour chaque dollar dépensé par une firme européenne, celle-ci n’a gagné que 0,50 $, contre un gain de 1,50 $ pour un établissement américain. Les banques américaines ont en plus accumulé de gros profits ces dernières années. En 2019, JPMorgan Chase, la première banque américaine en matière d’actifs, a réalisé à elle seule un bénéfice net de 36,4 milliards de dollars. « Elles ont les moyens de payer les dividendes », avance Gregori Volokhine. « Ce n’est pas aux banques de renflouer les entreprises qui vont faire faillite. Si elles le faisaient, ce ne serait pas rendre service au système », prévient-il.

Dans sa lettre annuelle, publiée lundi, Jamie Dimon, le p.-d.g. de JPMorgan Chase, indique que l’établissement ne suspendrait son dividende qu’en cas de récession sévère, marquée par un bond du chômage à 14 % en fin d’année.

À défaut de suspendre les dividendes, Richard Bove, expert chez Odeon Capital, estime qu’il est plus que probable que les grandes banques américaines les réduisent. « Une hausse importante des pertes liées aux crédits va soulever des interrogations sur le niveau de leurs capitaux et les forcer à diminuer leurs dividendes », argumente M. Bove, qui fait valoir que le second semestre va être marqué par des défaillances de nombreux consommateurs sur leurs hypothèques, leurs crédits à la consommation et crédits auto, entre autres.

Les banques ont néanmoins consenti à ne pas racheter, jusqu’en juin, leurs propres actions, l’autre moyen de rémunérer les actionnaires. Les programmes de rachats d’actions ont représenté dans le passé environ deux tiers de l’argent reversé à leurs actionnaires.

L’an dernier, JPMorgan Chase, Bank of America Merrill Lynch, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley, les six fleurons de Wall Street, avaient reçu le feu vert de la Fed pour verser des dividendes cumulés d’environ 35 milliards de dollars et racheter pour 110 milliards de leurs propres actions entre juillet 2019 et juillet 2020.