L’OPEP et ses alliés se penchent sur la crise du marché pétrolier

Le principal enjeu sera d’éviter le fiasco de la précédente réunion, qui s’est soldée non seulement par une absence d’accord mais par une guerre des prix lancée par l’Arabie saoudite.
Photo: Gregory Bull Associated Press Le principal enjeu sera d’éviter le fiasco de la précédente réunion, qui s’est soldée non seulement par une absence d’accord mais par une guerre des prix lancée par l’Arabie saoudite.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et la Russie veulent reprendre leurs discussions pour envisager une réplique d’ampleur au marasme du marché de l’or noir, plombé par la pandémie et une guerre des prix, mais une réunion prévue lundi a été décalée à jeudi.

Cette réunion exceptionnelle par visioconférence doit permettre de discuter d’une réduction massive de la production, à hauteur de 10 millions de barils par jour (mbj), un volume évoqué par Vladimir Poutine vendredi.

Le cadre et l’objet des négociations semblent cependant toujours à peaufiner et le rendez-vous a finalement été reporté à jeudi, selon le gouvernement azerbaïdjanais.

« L’OPEP nous a informés du report. Nous n’en connaissons pas les raisons », a déclaré samedi à l’AFP la porte-parole du ministère de l’Énergie, Zamina Aliyeva.

L’OPEP n’a pas commenté cette information, mais une source proche de l’organisation avait affirmé plus tôt dans la journée que la réunion aurait lieu « plus tard dans la semaine ».

Une passe d’armes entre l’Arabie Saoudite, leader de l’OPEP, et la Russie, non-membre du cartel, a précédé cet ajournement, les deux pays s’accusant mutuellement d’avoir fait échouer de manière spectaculaire leurs précédentes discussions, il y a un mois.

Les deux pays semblent cependant vouloir de nouveau coopérer. Le président russe a ainsi déclaré vendredi qu’il était « nécessaire d’unir les efforts pour équilibrer le marché et réduire la production ».

Un accord « permettrait de rééquilibrer le déficit de la demande, de ramener les prix à des niveaux plus rentables et d’éviter les arrêts de production », a souligné Per Magnus Nysveen, analyste de Rystad, qui décrit une véritable « partie de poker ».

Le point d’achoppement est surtout « la quantité que chaque producteur sera prêt à prendre pour lui », a-t-il ajouté.

Ombre américaine

Le chiffre de 10 mbj est colossal puisqu’il représente à lui seul grosso modo la production russe ou saoudienne, respectivement de 10,7 mbj et 9,8 mbj au mois de février, selon le dernier rapport mensuel de l’OPEP.

Ce chiffre est apparu pour la première fois jeudi dans un tweet du président américain.

Prenant par surprise les marchés, qui ont tout de suite bondi à sa lecture, Donald Trump disait « espérer et s’attendre » à ce que Ryad et Moscou réduisent leur production « d’environ dix millions de barils, et peut-être nettement plus ».

Cette sortie est intervenue alors que le locataire de la Maison Blanche a promis de défendre le secteur pétrolier américain, premier producteur mondial avec 13 mbj, mais dont le pétrole de schiste a un coût de revient élevé et n’est plus rentable aux cours actuels.

L’ombre de Washington plane sur les discussions à venir, Ryad ayant prévenu qu’elles auraient lieu « à la demande du président des États-Unis Donald Trump », selon l’agence de presse officielle saoudienne SPA.

Selon une source russe citée par l’agence TASS, le régulateur américain a même été invité à prendre part à la réunion. Vladimir Poutine a déclaré être prêt « à coopérer avec les États-Unis ».

Éviter le fiasco

Le principal enjeu pour le cartel et ses alliés sera d’éviter le fiasco de la précédente réunion, qui s’est soldée non seulement par une absence d’accord mais par une guerre des prix lancée par l’Arabie saoudite.

Les prix du brut, déjà malmenés par une demande au point mort à mesure que les politiques strictes de confinement des populations se généralisaient à travers le monde en réponse à la pandémie de COVID-19, avaient ensuite plongé jusqu’à atteindre lundi des niveaux plus vus depuis 2002.

Les deux cours de référence, celui du baril de Brent européen et celui du WTI américain, ont bouclé en ce début d’année le pire trimestre de leur histoire, avec des prix divisés par trois sur la période.

La perspective d’un apaisement de la guerre des prix et d’une production enfin jugulée de manière conjointe, même si elle n’était sûrement pas en mesure de répondre au déficit abyssal de la demande en or noir, a toutefois permis jeudi et vendredi aux cours de se reprendre.

Mais gare aux faux espoirs, prévient Chris Beauchamp, analyste chez IG : « les chances de parvenir à un accord semblent assez faibles » et le marché « se prépare à une douloureuse déception, qui pourrait voir les gains des dernières 48 heures rapidement effacés ».