L’emploi en forte baisse aux États-Unis

La grande majorité des emplois perdus au cours du mois de mars aux États-Unis l’ont été dans le secteur de l’hébergement, de la restauration et des loisirs (459 000).
Photo: Seth Herald Agence France-Presse La grande majorité des emplois perdus au cours du mois de mars aux États-Unis l’ont été dans le secteur de l’hébergement, de la restauration et des loisirs (459 000).

Des statistiques officielles sur l’incidence économique de la pandémie de COVID-19 le mois dernier commencent à arriver et ce n’est pas joli.

Les prévisionnistes s’attendaient à des pertes nettes d’environ 100 000 emplois au mois de mars aux États-Unis qui auraient poussé le taux de chômage de 3,5 % en février, son plus bas niveau en 50 ans, à 3,8 % le mois dernier. À la place, le ministère américain du Travail a rapporté vendredi la perte d’un peu plus de 700 000 emplois et un taux de chômage de 4,4 %.

On n’avait pas vu autant d’emplois effacés en un seul mois depuis mars 2009, quand la dernière récession battait son plein. La grande majorité des emplois perdus l’ont été dans le secteur de l’hébergement, de la restauration et des loisirs (459 000), le commerce de détail ne reculant que de 46 000 emplois. Cela ajoute 1,4 million de chômeurs américains pour porter leur total à 7,1 millions.

C’est mauvais, mais ce n’est rien en comparaison des 24 millions d’emplois qui seront vraisemblablement perdus ce mois-ci avec le resserrement des politiques de confinement des gouvernements et du taux de chômage de 14 % qui en résulterait, ont observé les analystes d’Oxford Economics. Les deux dernières semaines seulement, 10 millions de travailleurs, qui n’ont pas été pris en compte cette fois-ci, ont présenté des demandes d’assurance chômage.

Les chiffres sur l’emploi pour le mois de mars au Canada sont attendus la semaine prochaine. Le taux de chômage en février était de 5,6 %, mais l’on rapporte 1,55 million de demandes d’assurance-emploi seulement pour la période allant du 16 au 25 mars.

Nouvelles d’Europe

Les nouvelles d’Europe n’étaient pas meilleures vendredi. Une nouvelle estimation de l’indice PMI composite du cabinet Markit, une mesure du niveau de confiance des directeurs d’achats des entreprises, s’est révélée encore plus basse qu’on l’avait d’abord pensé. De 51,5 points en février (sur une échelle où 50 indique le seuil au-dessus duquel l’activité progresse et en dessous duquel elle ralentit), l’indice n’aurait pas dégringolé à 31,4 points en mars, comme on le pensait encore il y a quelques jours à peine, mais plutôt à 29,7 points, soit bien plus bas que le précédent record de 36,2 établi en février 2009.

Les pays les plus touchés par la pandémie de coronavirus, soit l’Italie (20,2) et l’Espagne (26,7), affichent les pires scores. Mais la situation en Allemagne (35) ou en France (28,9) n’est pas tellement plus brillante. Selon Chris Williamson, économiste chez Markit, ces chiffres sont « conformes […] à un taux de contraction annuel du PIB proche des 10 % » dans la zone euro.

Le monde après la récession

De telles données aident les experts à se faire une idée de l’ampleur de la récession économique qui commence. Dans une mise à jour de ses prévisions, la Banque asiatique de développement a estimé vendredi que l’impact de la pandémie de COVID-19 pourrait atteindre de 2000 à 4100 milliards $US dans le monde, soit 2,3 % à 4,8 % du PIB mondial dont la croissance, l’an dernier, a été de 2,9 %.

Des économistes de la Banque CIBC en étaient déjà, de leur côté, en train d’essayer de s’imaginer quel genre d’économie émergera à l’autre bout de cette récession. Comme l’essentiel du ralentissement est dû aux politiques de confinement, il est à prévoir que l’activité économique reprenne rapidement, aussitôt qu’il sera permis aux gens de reprendre leur vie normale, ont observé Avery Shenfeld et Katherine Judge. « Mais que se passera-t-il après deux trimestres de rebond ? »

D’abord, il faut s’attendre à ce que la vie ne reprenne pas complètement son cours normal et qu’une forme ou l’autre de confinement se poursuive jusqu’à la mise au point et le déploiement d’un vaccin, ce qui pourrait nous amener jusqu’en 2021. Ensuite, il faut souvent des années pour qu’une économie rattrape au moins une partie de terrain perdu après une crise, surtout si elle se prolonge, notamment en raison des investissements que les entreprises n’auront pas faits durant tout ce temps dans l’augmentation de leurs capacités de production.

La baisse de revenus et l’explosion des dépenses des gouvernements en période de récession peuvent aussi revenir nous hanter. Estimés par la CIBC à 3000 milliards, ou 14 % du PIB en 2020 pour le gouvernement fédéral américain, et 200 milliards de dollars canadiens, ou 8,5 % du PIB pour le gouvernement fédéral canadien, les déficits viendront creuser la dette, mais exerceront surtout une pression politique immense pour que les gouvernements retournent à l’équilibre le plus vite possible après la crise, même au prix de plomber la reprise.

Avec l’Agence France-Presse