​Analyse: une correction boursière atypique

Un courtier habituellement assigné à la bourse de bourse de New York surveille les marchés à partir de son domicile.
Photo: Danielle Corpina Associated Press Un courtier habituellement assigné à la bourse de bourse de New York surveille les marchés à partir de son domicile.

Il en va de la récession comme de la correction boursière. Tout est atypique, les mondes économique et financier étant tombés sous hypnose d’une pandémie dont la durée de l’expansion et des mesures de restriction afférentes tardent à se préciser. Mais, faible consolation, la chute des cours boursiers, aussi abrupte soit-elle, demeure encore contenue dans cette récession provoquée par la distanciation physique, où tout est en pause forcée sauf l’essentiel.

Wall Street a commencé avril comme elle avait terminé en mars. La Bourse de New York a de nouveau terminé en forte baisse mercredi, anxieuse face à plusieurs nouvelles sur la propagation de la pandémie de coronavirus et ses conséquences économiques. Son indice symbolique, le Dow Jones, a cédé 4,4 %. L’indice de référence, le S & P 500, s’est également replié de 4,4 %, à 2470,50 points.

Déjà dans le rouge en début de séance, les indices de Wall Street ont un peu plus piqué du nez quand le gouverneur de l’État de New York a annoncé que le pic des nouveaux cas dans l’État pourrait ne pas intervenir avant fin avril et quand celui de l’État de Floride a finalement ordonné le confinement général de ses 21 millions d’habitants. « C’était un des derniers grands États à ne pas avoir imposé de mesures strictes de confinement, où l’économie continuait à fonctionner plus ou moins », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

Le Dow venait de connaître, en mars, son pire mois depuis 2008 avec un repli de 13,7 %. Et son pire trimestre depuis 1987 avec un plongeon de 23 %. Pour sa part le S & P 500 accuse une perte de 20 % depuis le début de 2020, de 33,9 % depuis son sommet de l’année.

Chez les économistes, on ne cesse de revoir à la baisse les scénarios. Oxford Economics écrivait encore mercredi que l’ampleur des mesures de restriction, avec 50 % du PIB mondial en confinement sévère ou partiel, signifie que la récente prévision d’une croissance mondiale à zéro pour 2020 est optimiste. « L’explosion des demandes d’assurance-emploi aux États-Unis témoigne de l’ampleur de l’incidence économique », illustre la firme de recherches.

Chez les financiers, on parle de stress énorme sur les marchés et de forte volatilité, comme en témoigne l’indice VIX, dit de la peur, qui a dépassé son niveau de 2008 pour toucher un sommet de 83 points au cours de cette correction. Faible consolation, s’il s’agissait de son deuxième niveau le plus élevé, il se maintient toutefois loin de son record de 150 points mesuré lors du krach boursier de 1987, ont noté les économistes de la Banque TD dans une courte analyse.

Autrement, les analystes de l’institution observent une pression sur le marché monétaire similaire à celle qui a été atteinte lors de la crise financière de 2008. Et un stress élevé sur le marché du crédit des entreprises, avec un creusement notoire des écarts, notamment dans le segment des titres obligataires à faible cote. Ces tensions ne sont pas sans rappeler la situation qui prévalait avant l’éclatement de la pandémie, où dominaient un endettement, public et privé, record et une détérioration de la qualité du crédit des émetteurs.

Mais la chute des cours boursiers surprend, non pas tant par son ampleur que par sa rapidité. Il n’aura fallu que 22 jours au S & P 500 pour reculer de 30 %, s’étonnent les analystes de la TD. Et n’eût été l’injection massive de liquidités et des mesures de soutien budgétaires, avec des banques centrales se montrant plus proactives que lors des récessions passées, la chute aurait été plus brutale encore.

Une chute qui demeure pour l’instant dans la moyenne des récessions passées malgré la nature inusitée de l’actuel choc économique. Selon une compilation TD-agence Bloomberg, la baisse de l’indice de référence de New York se chiffre pour l’instant à 33,9 % du sommet au creux. Elle avait été de 56,8 % lors de la récession de 2008, de 49,1 % lors de celle de 2001. Mais sur l’échelle temps, et toujours du sommet au creux, l’actuel plongeon couvre 33 jours, contre 517 pour la récession de 2008 et 929 jours pour celle de 2001. Que conclure ?