Coup dur, mais rebond rapide pour l’économie montréalaise

La grande région de Montréal verra son nombre d’emplois total reculer de 4,8% au cours des trois prochains mois, soit l’équivalent d’un peu plus de 105 000 emplois, estime la Communauté métropolitaine de Montréal.
Photo: Marc Bruxelle Getty Images La grande région de Montréal verra son nombre d’emplois total reculer de 4,8% au cours des trois prochains mois, soit l’équivalent d’un peu plus de 105 000 emplois, estime la Communauté métropolitaine de Montréal.

Le choc infligé à l’économie montréalaise par la pandémie de coronavirus sera dur, mais de courte durée, estime son instance métropolitaine. Il pourrait même servir de révélateur de ses lacunes et offrir la chance de s’y attaquer une fois la crise passée.

Économie de services relativement diversifiée, avec un bon secteur manufacturier et de nombreux emplois à forte valeur ajoutée, la grande région de Montréal verra son nombre d’emplois total reculer de 4,8 % au cours des trois prochains mois, soit l’équivalent d’un peu plus de 105 000 emplois, estime une note économique dévoilée mercredi par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), l’organisme qui regroupe ses 82 municipalités des régions administratives de Montréal, Laval, Lanaudière, Laurentides et Montérégie.

Comptant pour presque 30 % des emplois du Grand Montréal, les services qui requièrent un contact personnel direct, comme le commerce de détail, le transport de personnes, les services immobiliers et les arts et spectacles, accuseront durement le coup de la peur de la pandémie et des règles de confinement avec des pertes de plus de 13 %. Le secteur de la fabrication, dont celui de l’aéronautique, devrait aussi être durement touché (9,7 %). À l’inverse, les emplois dans les services publics et parapublics devraient augmenter (4,3 %), avec la demande, notamment, de personnel de soin de santé.

Heureusement, ce choc au deuxième trimestre de l’année devrait rapidement être suivi d’un rebond au trimestre suivant (+ 4,7 %), une fois la situation revenue sous contrôle, de manière à ce que l’année se boucle par une perte d’emplois totale bien plus modeste de 0,8 %, ou 18 000 emplois.

Trop optimiste ?

Basé, entre autres, sur les plus récentes prévisions économiques des experts, les données rapportées par les associations industrielles montréalaises ainsi que sur le cas de l’épidémie de SRAS à Hong Kong en 2003, ce scénario pourrait se révéler trop optimiste, notamment si la pandémie devait avoir une deuxième vague ou que les partenaires commerciaux des compagnies montréalaises (États-Unis, France, Royaume-Uni…) mettaient plus de temps à se relever. Dans ce cas, les pertes d’emplois pour l’année pourraient s’élever à 3,5 %, ou 77 000 emplois, et ne continuer de s’effacer que bien plus lentement.

« On ne sait pas non plus comment réagiront les gens lorsque la situation sanitaire commencera à s’améliorer, a expliqué en entretien téléphonique Sylvain Giguère, économiste en chef de la CMM. Se rueront-ils dans les commerces, les restaurants et les salles de spectacles ou, au contraire, resteront-ils hésitants ? »

La situation serait toutefois pire encore, n’eût été l’aide d’urgence massive assurée jusqu’à présent par les gouvernements.

La question revêt une importance pour tout le Québec, souligne la CMM, le Grand Montréal, et ses 4,1 millions d’habitants, comptant pour la moitié de sa population et pour les trois quarts de tous ses nouveaux emplois créés depuis 2010, en raison notamment de l’une des plus fortes croissances économiques au pays.

 

Un révélateur

La crise actuelle pourrait aussi avoir un autre effet, plus positif cette fois, fait valoir Sylvain Giguère, soit d’agir comme un révélateur de certains problèmes de fond qui freinent le développement économique de la métropole depuis longtemps. Parions, par exemple, que de nombreuses entreprises montréalaises réalisent aujourd’hui l’ampleur de leur retard en matière de télétravail, de commerce en ligne et, plus généralement, d’utilisation des technologies numériques et de l’automatisation. Tous ces jeunes travailleurs qui ont interrompu un peu trop rapidement leurs études parce que les emplois étaient abondants se rendent peut-être compte aujourd’hui de l’atout que leur donnerait l’acquisition de compétences supplémentaires leur permettant de se recaser plus facilement et d’accéder à de meilleures conditions de travail.

En pleine élaboration de leur prochain Plan métropolitain de développement économique (PMDE), les membres de la CMM chercheront les meilleurs moyens à long terme de rattraper leur retard en matière de productivité, de formation et d’utilisation de la main-d’œuvre, d’innovation et d’adoption des nouvelles technologies.

Mais à plus court terme, ils devront suivre de près plusieurs enjeux susceptibles de nuire à la sortie de crise, explique Sylvain Giguère. Parmi eux, il y aura les contrats et les clients étrangers que les compagnies montréalaises auront perdus dans l’aventure. Il y aura aussi leur niveau d’endettement après toutes ses semaines sans revenu. Il y aura également la capacité des entreprises et des services publics de reprendre leurs activités de façon sécuritaire et rassurante dans un monde d’où la COVID-19 ne partira peut-être pas avant un certain temps.