Réembaucher combien d’employés? Et quand?

L’ensemble du programme est chiffré à 71 milliards.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne L’ensemble du programme est chiffré à 71 milliards.

Chez American Biltrite, qui fabrique du couvre-plancher en caoutchouc à son usine de Sherbrooke, le directeur général avait déjà une idée mercredi de ce que le programme fédéral de subventions salariales pourrait donner comme résultat. S’il a dû mettre à pied temporairement 150 travailleurs affectés à la production, Jean-Pierre Benoît croit que la mesure pourrait permettre d’en réembaucher une centaine d’ici deux semaines.

« Selon ce que je comprends, si c’est confirmé, c’est ce qu’on ferait », a-t-il dit en entrevue téléphonique peu après l’annonce par le ministre des Finances, BIll Morneau, de la méthode de calcul qu’il faut utiliser afin de déterminer l’admissibilité des sociétés. L’usine, qui comprend 275 employés au total, y compris dans l’administration, n’a pas complètement cessé sa production, car elle compte des clients qui œuvrent dans des secteurs essentiels. « C’est sûr que je vois ça comme une bonne affaire, ça va m’aider à réembaucher en avril plus rapidement », a dit M. Benoît.

D’un bout à l’autre du Canada, des entreprises planchaient hier sur la planification des prochaines semaines à la lumière des détails offerts par le ministre, qui a chiffré l’ensemble du programme à 71 milliards, une enveloppe sans précédent. En gros, une société doit être en mesure d’« attester » qu’elle a subi une baisse de revenus de 30 % (en mars, avril et mai) par rapport au mois correspondant de 2019. Les demandes se feront par l’entremise de l’Agence de revenu du Canada. De plus, l’aide devra être incluse dans le revenu imposable des employeurs.

Ottawa s’attend par ailleurs à ce que les entreprises qui bénéficieront de la subvention salariale de 75 % essaient de maintenir le salaire des employés tel qu’il était auparavant, mais « dans la mesure du possible ». « C’est une bonne nouvelle, car beaucoup d’entreprises ont des problèmes de liquidités », a dit en entrevue Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. « Ce n’est pas clair qu’elles seraient capables de payer même ce 25 % là. »

La FCEI salue toutefois le fait que la subvention salariale de 10 %, annoncée il y a deux semaines, demeure en place. Beaucoup d’entreprises ont besoin d’un coup de main, mais ne se retrouvent pas nécessairement dans le groupe de celles qui ont subi un recul de 30 % des revenus, a-t-il dit. « Prenons par exemple des pharmacies. Présentement, ce n’est pas la baisse de revenus qui affecte la rentabilité, mais une hausse des dépenses, notamment les mesures pour respecter les consignes de santé publique, l’augmentation des coûts de sécurité, de livraison, etc. »

Une aide plus rapide

Cependant, les fonds qui seront versés aux entreprises arriveront dans six semaines, a précisé le ministre des Finances. Ce délai sème l’inquiétude dans le milieu des affaires, où des entreprises n’ont peut-être pas les reins assez solides pour tenir le coup.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a fait remarquer que, même si la situation est « exceptionnelle », « les entreprises ont besoin de liquidités dans un délai plus rapide que six semaines si elles veulent pouvoir maintenir le lien d’emploi avec leurs travailleurs qualifiés ».

Tout en saluant le programme de subventions salariales à 75 %, la FCCQ a également soulevé le problème auquel pourrait se heurter une entreprise ayant un cycle de facturation plus long. « Cette preuve de pertes de revenus de 30 % par rapport aux revenus à pareille date l’année dernière sera ardue et potentiellement impossible, même si leurs pertes seront considérables. »