Les liquidités des compagnies aériennes fondent à vue d’oeil

Les compagnies aériennes sont frappées de plein fouet par la pandémie qui force le remboursement de 35 milliards$US en réservations annulées.
Photo: John Moore Agence France-Presse Les compagnies aériennes sont frappées de plein fouet par la pandémie qui force le remboursement de 35 milliards$US en réservations annulées.

Avec près de la moitié de leurs dépenses en frais fixes et une flotte quasi paralysée, les liquidités des compagnies aériennes fondent à vue d’oeil. Un creux dans le fonds de roulement est attendu au deuxième trimestre avec des dépenses dépassant les 60 milliards $US grossies par 35 milliards de réservations à rembourser.

Dans ses projections précédentes, l’Association du transport aérien international (IATA, en anglais) évoquait une baisse de 38 % de la demande provoquant une perte de 252 milliards des recettes du secteur passagers en 2020. Dans son dernier rapport en date du 31 mars, l’Association, qui représente 290 compagnies aériennes revendiquant 82 % du trafic mondial, dresse un portrait plutôt noir de l’état de santé des liquidités des transporteurs, qui devrait atteindre son point culminant au deuxième trimestre.

Durant cette période de trois mois se terminant le 30 juin, les pertes nettes de l’industrie devraient se chiffrer à 39 milliards, contre un bénéfice net de 7 milliards au deuxième trimestre de 2019, plombées par une chute estimée de 68 % des revenus entre les deux trimestres de comparaison, de 210 milliards à un maigre 67 milliards. S’y greffe un remboursement de 35 milliards des billets vendus, mais non utilisés en raison des annulations massives consécutives aux restrictions de voyage imposées par les gouvernements.

Une question de temps

« Les sorties de trésoreries seront lourdes. Nous évaluons que les compagnies aériennes pourraient devoir dépenser 61 milliards de liquidités au deuxième trimestre. Les compagnies aériennes ne peuvent pas couper suffisamment vite pour échapper à l’impact de la crise », écrit l’IATA. Question d’ajouter à l’ampleur du poids de cette contrainte sur le fonds de roulement, l’IATA a déjà souligné qu’une compagnie type disposait en début d’année de liquidités couvrant l’équivalent de deux mois d’activités.

Le scénario retenu par l’IATA emprunte aux prévisions de la firme-conseil Oxford Economics prévoyant que la chute de l’activité économique atteindra son creux à la fin du deuxième trimestre pour ensuite rebondir selon un modèle en V et revenir à son niveau de 2019, quelque part vers fin 2020. Pour le transport aérien, on mise sur une restriction stricte des voyages sur trois mois. Mais l’impact sera solidement ressenti, la poursuite de l’activité cargo à un rythme réduit n’apportant que des revenus à la marge.

 

Les transporteurs sabrent les coûts variables, qui chutent de façon radicale. Une baisse de quelque 70 % de ces coûts est attendue au deuxième trimestre, en réponse à la diminution de 65 % de la capacité prévue. Les coûts fixes et semi-variables, qui représentent près de la moitié des dépenses des transporteurs, pourraient pour leur part être réduits du tiers. Quant à l’effet-bénéfice du plongeon du prix du kérosène, il est atténué par les restrictions sur les activités et par les opérations de couverture contre les fluctuations de prix du carburant. « Les compagnies aériennes coupent là où elles peuvent, tout en tentant de conserver leur main-d’œuvre et leur clientèle en vue de la reprise future », résume l’IATA.

Mises à pied chez Air Canada

Air Canada en a donné une illustration lundi en annonçant qu’environ 16 500 employés syndiqués et gestionnaires seront mis à pied cette semaine pour une période minimale de deux mois. Le transporteur employait 37 000 personnes fin 2019. Au deuxième trimestre l’an dernier, Air Canada a généré des revenus de quelque 4,7 milliards. Cette année, le transporteur aérien n’a aucune idée de ce qui l’attend, écrivait lundi la première vice-présidente, employés, culture et communications de la société, Arielle Meloul-Wechsler, dans une note interne obtenue par La Presse canadienne, en précisant que le programme de vol avait été réduit de « 85 à 90 % ».

Le directeur général de l’IATA, Alexandre de Juniac, salue la compréhension de certains gouvernements. « Plusieurs gouvernements réagissent favorablement au besoin d’aide de l’industrie. Parmi les pays qui offrent des programmes d’aide financière ou réglementaire particuliers, on note la Colombie, les États-Unis, Singapour, l’Australie, la Chine, la Nouvelle-Zélande et la Norvège. Plus récemment, le Canada, la Colombie et les Pays-Bas ont assoupli leurs réglementations pour permettre aux compagnies aériennes d’offrir aux passagers des bons de voyage plutôt que des remboursements […]. Les voyages et le tourisme sont pratiquement stoppés en raison d’une situation extraordinaire et sans précédent. Les compagnies aériennes ont besoin de fonds de roulement pour traverser cette période d’extrême volatilité […]. Cela procure une période tampon vitale qui permettra à l’industrie de continuer à fonctionner », souligne-t-il.