Les aéroports font face à de lourdes pertes pour 2020

Une rare  voyageuse allait s’enregistrer à l’aéroport de Montréal, lundi.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Une rare voyageuse allait s’enregistrer à l’aéroport de Montréal, lundi.

La chute des vols de passagers entraînera pour les autorités aéroportuaires un manque à gagner qui se situera entre 1,5 et 2,2 milliards de dollars en 2020, estime le Conseil des aéroports du Canada, qui salue l’élimination des loyers annoncée par Ottawa, en précisant toutefois que cette aide ne s’applique malheureusement pas aux plus petits aéroports.

Conscient de l’effet de la baisse d’activité des transporteurs sur les aéroports, le gouvernement fédéral a suggéré lundi de renoncer à l’ensemble des loyers de baux fonciers pour la période allant de mars à décembre 2020. La mesure, qui touche 21 administrations aéroportuaires du pays, privera Ottawa de revenus évalués à 331 millions.

« Pour les grands aéroports, qui paient un loyer, c’est un bon départ », a reconnu le président du Conseil des aéroports du Canada (CAC), Daniel-Robert Gooch. Ceux-ci demeurent quand même aux prises avec une importante diminution des revenus, a-t-il poursuivi. « Mais aussi, beaucoup d’aéroports ne paient pas de loyer, alors pour eux ça ne fait rien. » Au Québec, par exemple, les seuls aéroports à payer un loyer sont ceux de Montréal et Québec. Les plus petits aéroports, de leur côté, doivent continuer à assurer des services essentiels. Il est attendu que d’autres discussions portant sur les besoins de l’industrie auront lieu avec Ottawa.

 

ADM revoit ses plans

Dans les finances d’Aéroports de Montréal (ADM), les loyers versés à Ottawa ont compté pour 12 % du budget d’exploitation en 2018, soit 12 % du total des dépenses. Les frais d’exploitation et d’administration ont atteint 138,5 millions (24 %), comparativement à 77,2 millions pour les salaires (13,4 %) et 38,4 millions (6,7 %) en paiements aux municipalités en remplacement des impôts. D’un autre côté, les revenus ont atteint 645 millions, dont 215 millions sont venus des frais d’amélioration aéroportuaire, payés par les passagers. « Le loyer, c’est quand même assez important », a dit le professeur en gestion du transport Jacques Roy, de HEC Montréal. « C’est une mesure tout à fait appropriée. »

Dans sa réaction officielle, le CAC a précisé que les aéroports revoient actuellement leurs programmes d’immobilisation. ADM avait prévu en 2018 un programme d’expansion de 2,5 milliards en différentes phases. « En lien avec ses efforts de rationalisation des coûts, ADM a décidé de réévaluer l’approche globale de son Programme de développement côté ville », a indiqué sa direction mardi. « Pour l’instant, une priorité demeure inchangée, soit celle de construire la station du REM. Les autres projets compris au Programme, qui visaient principalement la reconstruction de certaines infrastructures d’accueil de l’aérogare, font l’objet d’une révision. »

Les aéroports sont dirigés par des organismes sans but lucratif qui versent à Ottawa un loyer en fonction de baux qui peuvent s’étendre sur des décennies. Les infrastructures et les terrains appartiennent au gouvernement fédéral. Il y a quelques années, Ottawa a tenté de déterminer ce que pourrait lui rapporter un exercice de privatisation, mais cela ne figure plus dans les priorités.

Les aéroports ont essentiellement trois sources de revenus : les frais payés par les transporteurs, ceux payés par les passagers et la redevance des commerces liés à l’aéroport, comme les hôtels, les magasins et les restaurants. Les restrictions sur le transport aérien international et la diminution de vols intérieurs ont entraîné un « triple coup dur », selon les dires de M. Gooch. Quant au fret, il ne permettra pas de compenser les pertes. Selon Jacques Roy, 60 % des marchandises acheminées dans le monde voyagent à bord des vols de passagers, dans les soutes.