Marchés boursiers: Wall Street reflue et l’Europe s’essouffle

Les nuages s’amoncelaient de nouveau sur Wall Street qui reculait à l’ouverture mardi, à la fin de son pire trimestre depuis plusieurs années.
Photo: Angela Weiss Agence France-Presse Les nuages s’amoncelaient de nouveau sur Wall Street qui reculait à l’ouverture mardi, à la fin de son pire trimestre depuis plusieurs années.

Après deux jours de hausse, Wall Street refluait mardi, peinant à s’affranchir plus longtemps des profondes incertitudes générées par la pandémie, entraînant dans son sillage un essoufflement en Europe.

Alors que le bilan de la pandémie ne cesse de s’alourdir, avec plus de 38 000 morts dans le monde, et une progression très rapide aux États-Unis, les effets bénéfiques des premiers résultats du confinement en Italie ou en Espagne s’estompaient.

« Pour observer une accalmie durable, il faudra d’abord une véritable stabilisation sur le plan sanitaire », souligne auprès de l’AFP Vincent Juvyns, un stratégiste de JPMorgan AM.

« On nous annonce un pic prochain, mais tout ceci reste encore au conditionnel et appelle à la prudence », poursuit-il.

Et les nuages s’amoncelaient de nouveau sur Wall Street qui reculait à l’ouverture mardi, à la fin de son pire trimestre depuis plusieurs années : le Dow Jones cédait 0,73 % et le Nasdaq 0,59 %.

Même l’annonce de la Réserve fédérale américaine sur la mise en place mardi d’un nouveau dispositif permettant à des banques centrales étrangères, notamment, d’avoir facilement accès à des dollars en échangeant « temporairement » leurs bons du Trésor américains contre des billets verts n’a pas changé la donne.

En Europe, la circonspection reprenait le dessus et la hausse de la matinée s’enrayait.

Vers 15 h 45 (9 h 45 à Montréal), Paris évoluait à l’équilibre (-0,04 %), Francfort grappillait 0,18 % et Milan 0,20 %. Londres prenait 0,44 % et Madrid 0,75 %.

Le rebond du pétrole, par contre, se poursuivait, après un plus bas en 18 ans lundi soir, lesté par la chute de la demande liée au nouveau coronavirus et la guerre des prix entre les producteurs.

Mais les mesures de relance prises par les États et les discussions entre le président américain, Donald Trump, et son homologue russe, Vladimir Poutine, lundi soir semblaient apporter un peu de soulagement.

L’euro continuait à faiblir face au billet vert tandis que le marché de la dette ne se départait pas de son flegme des derniers jours, largement abreuvé par la générosité des banques centrales.

La clé du temps

« Ce qui assure malgré tout un retour à davantage de sérénité, c’est l’arsenal de mesures sans précédent déployés rapidement tant par les banques centrales que par les gouvernements », et ce « beaucoup plus rapidement qu’en 2008 et de manière mieux coordonnée », estime M. Juvyns.

Et, au-delà de la crise sanitaire, l’autre clé pour permettre un rebond solide et prolongé reste la durée du confinement et de la paralysie économique qu’il provoque.

« Si les États-Unis arrivent au pic de l’épidémie d’ici deux ou trois semaines, un autre mois supplémentaire sera nécessaire avant de commencer à relâcher les efforts, puis la reprise économique promet d’être laborieuse », observe Tangi Le Liboux, un stratégiste du courtier Aurel BGC, qui anticipe du même coup une hausse « inéluctable » du chômage.

« La crise est plus intense qu’en 2008 mais l’espoir réside désormais dans le fait qu’elle ne soit que temporaire », analyse pour sa part M. Juvyns.

« Il y aura une vie après la crise du coronavirus. Mais il s’agit d’éviter une vague de faillites et la montée en flèche du chômage », développe-t-il. « Aux États-Unis, c’est comme une casserole de lait, cela monte vite mais cela redescend vite aussi » tandis qu’en Europe, résorber le chômage est plus délicat.

Mais, rappelle-t-il, « l’Union européenne est mieux équipée en filets de sécurité sociaux, c’est aussi pour cela qu’il y a une différence dans les montants débloqués » et que les États-Unis ont ainsi mis plus de 2000 milliards sur la table.