Un mois de confinement, deux points de moins au PIB

Au Canada, le secteur de la construction fait l’objet de mesures d’aides économiques.
Photo: Darryl Dyck La Presse Canadienne Au Canada, le secteur de la construction fait l’objet de mesures d’aides économiques.

Chaque mois de confinement pour se protéger contre la COVID-19 amputera jusqu’à deux points de pourcentage au produit intérieur brut des pays, estime l’OCDE.

Ainsi, si de pareilles politiques d’isolement social sont maintenues pendant trois mois, et qu’aucune mesure économique compensatoire n’est prévue, la croissance du PIB serait de 4 à 6 points de pourcentage inférieure à la fin de l’année, a calculé l’Organisation de coopération et de développement économiques qui a dévoilé vendredi ces chiffres qu’elle avait d’abord présentés la veille au sommet virtuel du G20.

L’impact économique considérable des mesures de confinement s’explique par le fait qu’elles affectent des secteurs qui peuvent compter pour presque le tiers de certaines économies, notamment au Japon.

Au Canada, où la croissance réelle l’an dernier a été d’à peine 1,6 %, mais où les gouvernements ont multiplié, ces derniers jours, les mesures d’aides économiques d’urgence aux travailleurs et aux entreprises, les secteurs affectés par ces mesures compteraient pour un peu moins du quart de son économie. On trouve en tête de liste le secteur du commerce de gros et de détail, suivi par celui des services professionnels et de courtiers immobiliers, puis celui de la construction.

Ces mesures de confinement demeurent, malgré tout, absolument essentielles, a déclaré dans un communiqué le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría. « Les coûts élevés imposés par les mesures de santé publique prises aujourd’hui sont nécessaires afin d’éviter des conséquences bien plus tragiques et un impact bien pire sur nos économies de demain. Des millions de morts et l’effondrement des systèmes de santé nous décimeraient financièrement et en tant que société : la priorité des gouvernements est donc de ralentir cette épidémie et de sauver des vies humaines. »

Déjà en récession

Plus tôt dans la journée, la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, avait déclaré qu’il lui apparaissait désormais « clair » que l’économie mondiale est d’ores et déjà en récession en raison de la pandémie de coronavirus. Cette récession s’annonce d’ailleurs « assez profonde » en 2020, a-t-elle poursuivi lors d’une conférence de presse virtuelle. Probablement plus que celle qui est survenue dans la foulée de la faillite de la banque américaine d’affaires Lehman Brothers en 2008.

Soulignant le caractère exceptionnel de la situation actuelle, elle a observé qu’on « n’a jamais eu une économie » qui s’arrête ainsi d’un seul coup. « Nous exhortons donc les pays à intensifier les mesures de confinement de manière agressive. […] Nous pouvons raccourcir la durée de cette crise. »

La patronne du FMI s’attend même à une reprise en 2021 à condition que les gouvernements adoptent les mesures adéquates et « coordonnées ».

Prise de gains en bourse

Les nouvelles mesures de lutte et les milliards en aide annoncés en cascade par les gouvernements depuis quelques jours n’ont pas empêché les marchés boursiers de reculer vendredi au terme d’une rare bonne semaine malgré tout.

La Bourse de Toronto a perdu 5 % en dépit de l’annonce de nouvelles subventions fédérales aux entreprises et d’une nouvelle baisse d’un demi-point de pourcentage des taux d’intérêt de la Banque du Canada, mais a quand même bouclé la semaine avec un gain de 7 %.

La même histoire s’est répétée à Wall Street qui a perdu 3,4 % malgré la confirmation par le Congrès américain d’un nouveau plan d’aide de 2200 milliards, mais gagné malgré tout 10.3 % cette semaine.

Cette baisse des cours vendredi tient probablement au fait que les investisseurs ont décidé d’empocher une partie de leurs gains de la semaine, a expliqué Guillaume Garabedian, responsable de la gestion conseil à Meeschaert Gestion Privée. « On peut parfaitement comprendre qu’à la veille d’un week-end, avec son lot de potentielles surprises sur le front sanitaire, les marchés soufflent un peu. »

Selon l’indice MSCI Monde, les bourses de la planète bouclent ainsi à la fois leur meilleure semaine de croissance depuis 2008, mais aussi leurs plus lourdes pertes mensuelles et trimestrielles également depuis 2008.

Avec l’Agence France-Presse