Ces PME qui ont dû s’ajuster en un temps record

D’innombrables PME ont mis en œuvre des stratégies pour s’ajuster à la suspension des activités non essentielles.
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse D’innombrables PME ont mis en œuvre des stratégies pour s’ajuster à la suspension des activités non essentielles.

Au lendemain de l’arrêt des activités non essentielles imposé par le gouvernement Legault, le regroupement des petites et moyennes entreprises du Québec insiste sur la nécessité de programmes d’aide qui soient facilement accessibles, plusieurs d’entre elles ayant entre-temps réduit leur niveau de personnel de façon temporaire afin de se concentrer sur des situations urgentes.

La situation évolue « très rapidement », a mentionné mercredi le vice-président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante pour le Québec, François Vincent. « Ce qu’on recommande, c’est que les programmes soient les plus simples possible en matière de compréhension, mais aussi pour y appliquer. » Jusqu’ici, le site Internet du gouvernement québécois est « assez complet », a-t-il dit. « Maintenant, le propriétaire d’une PME qui se retrouve dans une situation difficile, c’est clair qu’il doit être capable de trouver de l’aide assez rapidement. »

Le gouvernement a dévoilé la semaine dernière un plan d’aide de 2,5 milliards aux sociétés pour lesquelles l’absence soudaine de revenus, ou une baisse importante, entraînerait un problème de liquidités. L’aide minimale de 50 000 $, disponible pour les entreprises de tous les secteurs, a été bien accueillie, si ce n’est que certains voudraient que Québec aille plus loin que de fournir des prêts et des garanties de prêts. Le programme est administré par Investissement Québec.

« Je vais vraiment vouloir mobiliser les gens d’affaires, parce que je pense que c’est important que le tissu économique continue », a dit le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, à l’antenne du 98,5 FM mercredi. « C’est sûr qu’il va y avoir des pertes, mais on peut sortir grandis aussi. On a un niveau de créativité hors pair au Québec. »

 

D’une société à l’autre

Pour l’instant, d’innombrables PME ont mis en œuvre des stratégies pour s’ajuster à la suspension des activités non essentielles. « Évidemment, nous avons dû mettre à pied du personnel de façon temporaire. Et nous avons un certain pourcentage de personnes sur appel, car nous faisons beaucoup de travaux d’urgence », a dit John McElligott, propriétaire d’Electrika, une société montréalaise spécialisée dans les travaux électriques résidentiels qui compte normalement près de 25 employés. « Ces jours-ci, nous n’allons [chez les gens] que pour les urgences, car de manière générale les projets des gens ont été mis en suspens pour les quelques prochaines semaines. Les gens limitent leur exposition. » La compagnie demande d’abord si les clients sont en quarantaine, le matériel de protection n’étant pas illimité.

Au chapitre des aides gouvernementales, M. McElligott a dit : « Nous sommes une petite entreprise. Nous allons regarder tout ce qui est disponible pour nous, pour traverser la situation. La question est de savoir si ça va se terminer rapidement ou si ça va se prolonger. » L’aide gouvernementale doit être simple, a-t-il ajouté. « Et immédiate. »

On avance là-dedans semaine par semaine, et on souhaite de tout coeur que ça dure le moins longtemps possible

 

De son côté, la chaîne Robert Bernard pneus et mécanique a fermé ses 17 succursales, mais du personnel s’y trouve pour répondre aux besoins urgents. « On dessert beaucoup la police, des ambulances, on a déjà des contrats avec ces gens-là, donc on est là pour eux. Et aussi, par exemple, pour des gens qui arrivent avec une crevaison ou une urgence », a dit son directeur général, Pierre Beauregard. « Mais on veut éviter l’installation des pneus d’été, qui n’est pas une urgence. »

La société fondée à Saint-Paul-d’Abbotsford a dû procéder à des mises à pied temporaires et fonctionne avec des équipes réduites. « Nos gens ne sont pas contents, mais contents en même temps, car l’entreprise prend ça au sérieux. »

Invité à dire si l’entreprise aura accès au programme d’aide de Québec, M. Beauregard a dit : « Pour l’instant, on n’est peut-être pas rendus là, à faire ces demandes-là. » Ce que la direction veut, a-t-il dit, « c’est adhérer à la demande du premier ministre Legault, parce qu’on trouve qu’il fait un excellent travail, et assurer la sécurité de nos clients et de notre personnel. C’est la partie qui est importante aujourd’hui ».

À Saint-Michel-des-Saints, la liste du gouvernement a eu pour effet lundi d’entraîner l’arrêt de la Scierie St-Michel, qui compte normalement 115 employés. La compagnie avait d’abord conclu qu’elle n’était pas considérée comme essentielle. Un coup de fil a tout changé. C’était un de ses clients. « On a été nommés fournisseur essentiel pour Kruger », a dit en entrevue son p.-d.g., Jean-François Champoux. (Parmi les produits de Kruger figurent le papier hygiénique Cashmere et l’essuie-tout Sponge Towels.) La compagnie a mis en place plusieurs mesures sanitaires dans l’établissement. « On avance là-dedans semaine par semaine, et on souhaite de tout cœur que ça dure le moins longtemps possible, a dit M. Champoux. Surtout, qu’on n’ait pas de travailleurs ou de membres de leurs familles qui soient touchés par le virus. »