700 000 emplois québécois à risque

En ce qui concerne la partie à risque, ce sont évidemment les services commerciaux qui se retrouvent en première ligne, accaparant 53 % des emplois directement exposés à la pandémie et aux mesures de confinement.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir En ce qui concerne la partie à risque, ce sont évidemment les services commerciaux qui se retrouvent en première ligne, accaparant 53 % des emplois directement exposés à la pandémie et aux mesures de confinement.

L’impact économique de la COVID-19 est sans commune mesure. Près de 700 000 emplois québécois sont à risque, avec un taux de chômage pouvant bondir au-dessus de 24 % selon la durée de la crise. Le PIB pourrait chuter de 14,7 % sur le trimestre, retirant 17 milliards de dollars en production à l’économie québécoise.

Les projections viennent d’Aviseo Conseil et datent du 24 mars, une date utile à préciser tellement la réaction face à l’expansion du coronavirus évolue rapidement. « Le Québec était confronté il y a peu à la rareté de la main-d’œuvre. […] Le Québec pouvait se targuer d’avoir un taux d’activité au plus haut et un taux de chômage particulièrement bas, soit à près de 5 %. Or, le ralentissement draconien de l’économie laisse entrevoir des temps difficiles notamment pour les emplois au Québec. »

17 milliards
C’est la valeur de la perte de production que subirait l’économie québécoise si le PIB chutait de 14,7% sur le trimestre en raison de la COVID-19.

Dans leur étude, les analystes de la firme-conseil spécialisée auprès des moyennes et grandes entreprises retiennent que, selon la structure d’emplois au Québec, 37 % sont moins à risque. En ce qui concerne la partie à risque, ce sont évidemment les services commerciaux qui se retrouvent en première ligne, accaparant 53 % des emplois directement exposés à la pandémie et aux mesures de confinement. « Sur l’échelle d’un trimestre, 689 211 emplois à temps plein ne pourront être soutenus en raison des chocs liés à la COVID-19 […] Ce sont 9,3 milliards en salaires et traitements que les travailleurs perdront en l’espace d’un trimestre », estime la firme.

Le taux de chômage québécois, à 4,9 % en février, bondirait ainsi à 24,2 % sur une base trimestrielle si les pertes d’emplois sont concentrées sur un seul trimestre. Avec des emplois perdus pour une durée de six mois, le taux de chômage se situerait autour de 14,6 %. « Un sommet historique, le taux de chômage mensuel n’ayant pas dépassé les 14 % depuis le début des années 1990 », souligne Aviseo.

Plongeon du PIB

Les estimations de la firme reflètent une crise à six chocs majeurs. L’impact se fait fortement sentir sur les dépenses des ménages, sur les manufacturiers et le commerce international, sur les investissements et la construction, sur la force de travail, sur le tourisme et, finalement, sous forme de fermeture des entreprises non essentielles pendant trois semaines. Au total, l’impact prendrait la forme d’un plongeon de 14,7 % du PIB trimestriel, ou de 3,7 % sur une base annuelle, engendrant une perte de production de 17,1 milliards. « Alors que le choc de 2008-2009 s’est moins fait ressentir sur l’ensemble de l’économie, il en sera autrement pour le ralentissement actuel », précise Aviseo.

Pour le gouvernement québécois, la perte atteindrait les 2,2 milliards, soit l’équivalent de 9,4 % de ses revenus autonomes. S’ajoutera l’augmentation des dépenses liées aux mesures d’atténuation puis à la stimulation de la reprise.

« La question fondamentale pour les gouvernements est de trouver l’éventail de mesures qui permettront de revenir le plus rapidement possible à l’ancienne trajectoire de croissance. » Une reprise dite en V ramènerait le PIB québécois à son niveau de février quelque part au premier semestre de 2021. Une reprise en U prolongerait la période de récupération bien au-delà. « Il importe de limiter la perte de capacités productives de l’économie. Des mesures mal ciblées pourraient contribuer à une reprise très lente en U et risquer une perte sèche de richesse. »

Et Aviseo d’ajouter : « Ce ralentissement est davantage lié à une composante cyclique, soit les mesures de contrôle de la propagation du coronavirus, qu’à une composante structurelle, comme l’effondrement du secteur financier. » Pour le marché de l’emploi, « une fois le choc encaissé, le vieillissement démographique et son impact sur la disponibilité de la main-d’œuvre devraient revenir dans le paysage. »

Le scénario en V a également été esquissé lundi par Stéfane Marion, économiste en chef et stratège à la Banque Nationale, qui retient toutefois une chute plus brutale du PIB. « En supposant que la liste des fermetures ne change pas, nos estimations préliminaires font état d’une contraction du PIB au rythme annuel de 15 % au premier trimestre et de 35 % au deuxième. Si l’économie rouvre à la mi-avril, le rebond serait de 53 % au troisième et de 7 % au quatrième. »