Des effets difficiles à quantifier pour les alumineries

Le secteur québécois de l’aluminerie, qui représente 90 % des exportations canadiennes d’aluminium, compte 7800 employés sur les planchers d’usine et 20 000 autres travailleurs directement dépendants.
Photo: Getty Images Le secteur québécois de l’aluminerie, qui représente 90 % des exportations canadiennes d’aluminium, compte 7800 employés sur les planchers d’usine et 20 000 autres travailleurs directement dépendants.

Exemptés d’une fermeture complète, mais obligés de réduire leurs activités « au minimum », les producteurs d’aluminium doivent maintenant déterminer ce que cela signifie au juste et l’industrie ignore pour le moment combien de travailleurs pourraient être touchés par des mises à pied temporaires.

Le secteur québécois, qui représente 90 % des exportations canadiennes d’aluminium, compte 7800 employés sur les planchers d’usine et 20 000 autres travailleurs directement dépendants. Du côté des Métallos, on n’a pas voulu faire de commentaires mardi, car la situation évolue trop rapidement et les alumineries doivent d’abord faire leurs examens.

« Pour nous, ç’aurait été catastrophique [une fermeture complète et rapide], parce qu’en fait, c’est impossible. C’est impossible de fermer un procédé d’électrolyse, une aluminerie, du jour au lendemain, sans qu’il y ait des conséquences », a dit en entrevue téléphonique le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard. L’organisation représente Alcoa, Rio Tinto (Alcan) et Alouette.

« C’est comme dire qu’il faut que t’arrêtes une navette spatiale en 30 secondes. C’est d’une complexité phénoménale, il y a des questions de gestion de température, les cuves figent, ça devient comme du béton, c’est dangereux pour le personnel, a poursuivi M. Simard. « On s’est dit “il y a un raisonnement, une analyse, qui n’a pas été faite”. On a ramé à contre-courant pour exprimer comment un secteur comme celui de l’aluminium doit recevoir un traitement d’exception, à cause de la nature du procédé et des marchés. »

 

M. Simard n’a « aucune idée » du nombre de travailleurs potentiellement touchés par la baisse d’activité imposée. « Chaque site a une technologie et un niveau d’ampérage qui est différent. Tout ça en tenant compte des requis pour assurer la sécurité du personnel. C’est une recette que chaque usine va écrire et adapter au fil du temps », a-t-il dit. « L’autre facteur, c’est le marché. Il y a un ralentissement de la demande. Aux États-Unis, les trois constructeurs automobiles ont fermé pour trois semaines. » L’industrie pense aussi que la question des tarifs d’électricité consentis aux alumineries « fait certainement partie des discussions qu’il va y avoir dans le temps ».

Le stress des entreprises est compréhensible, a convenu le premier ministre, François Legault, mardi. La liste de celles considérées comme essentielles fait l’objet d’ajustements. « C’est certain que ça va faire mal à l’économie et aux entreprises. On va s’occuper autant que possible des entreprises par la suite. On va regarder avec certaines entreprises manufacturières les activités minimums que vous pouvez garder, pour être en mesure de repartir quand ça sera le temps. »

Une dose d’inconnu au Port

À la situation générale s’ajoutent des enjeux d’ordre logistique délicats. En entrevue lundi, le directeur d’une usine se demandait ce qu’il arriverait avec les conteneurs qui arriveront au Port de Montréal, mais que les entreprises ne pourront pas aller récupérer.

« Les conteneurs destinés à des entreprises jugées non essentielles ne seront sans doute pas acheminés vers ces entreprises ni vidés », a indiqué dans une déclaration écrite la vice-présidente des affaires publiques de l’Administration portuaire de Montréal, Sophie Roux. « À leur tour, oui, ces conteneurs ont le potentiel de s’accumuler graduellement sur nos quais où nous avons une certaine marge de manœuvre. Assurément, il s’agit d’une situation que nous surveillerons de très près. » Certains pays diminueront leurs exportations, ce qui pourrait donc éviter aux quais d’être surchargés, mais « il est trop tôt pour le dire ».

De secteur en secteur, l’incertitude n’épargnait personne au lendemain de la publication de la liste de Québec. Selon l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), qui représente beaucoup de détaillants en région, Québec doit clarifier le plan car la liste parle des « grandes surfaces hors centre commercial (offrant des services d’épicerie, pharmacie ou de quincaillerie) ». Il faut évacuer la notion de taille, selon l’AQMAT. De plus, les fermes ne se trouvent pas nécessairement à proximité des grandes surfaces.