Coronavirus: Bombardier suspend ses activités non essentielles au Canada

<p>Les employés touchés par cette décisions seront mis en congé temporaire sans solde.</p>
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne

Les employés touchés par cette décisions seront mis en congé temporaire sans solde.

Bombardier cessera temporairement la production dans ses usines canadiennes en raison de la pandémie de COVID-19, ce qui enverra environ 12 400 employés — dont 9000 au Québec — en congé forcé, et met de côté des prévisions financières.

La multinationale québécoise a répondu, mardi, aux demandes formulées la veille par les gouvernements québécois et ontarien visant à suspendre les activités non essentielles jusqu’au 13 avril dans le cadre d’un effort visant à limiter la propagation du nouveau coronavirus.

Ailleurs dans l’industrie, la Société en commandite Airbus Canada, qui compte plus de 2500 travailleurs œuvrant sur l’A220 à Mirabel, n’avait rien annoncé officiellement en fin d’après-midi, même si l’Association internationale des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale avait indiqué que des mesures étaient en place pour épauler ses 1200 membres.

Du côté de Bell Helicopter, une porte-parole, Patricia Bergeron, a indiqué que l’entreprise était toujours en discussions avec Québec dans le but de confirmer son « statut d’entreprise essentielle ». L’usine de Mirabel compte près de 1200 personnes.

Chez Bombardier, l’arrêt devait débuter mardi à 23 heures et sera en vigueur jusqu’au 26 avril, soit presque deux semaines de plus que la pause exigée. Il concerne les activités aéronautiques ainsi que ferroviaires.

« On se donne deux semaines pour tout relancer, a expliqué un porte-parole de Bombardier, Olivier Marcil, au cours d’un entretien téléphonique. La chaîne d’approvisionnement devra s’adapter. »

Tous les employés concernés par l’arrêt temporaire devront donc se tourner vers l’assurance emploi. Au Québec, les sites de Mirabel, Saint-Laurent, Dorval, Pointe-Claire et La Pocatière sont touchés.

L’usine de Belfast, en Irlande du Nord, qui appartient toujours à Bombardier, cessera temporairement ses activités jusqu’au 20 avril puisqu’elle produit des pièces pour les sites canadiens. La majorité des 3300 travailleurs du site devront retourner à la maison. La semaine dernière, l’usine française de Crespin, qui se spécialise dans le matériel roulant, avait également cessé ses activités jusqu’à nouvel ordre.

Jusqu’au 26 avril, les membres de la haute direction du constructeur d’avions ne seront pas rémunérés et le conseil d’administration a également renoncé à ses émoluments pour le reste de l’année. La mesure concerne également Éric Martel, qui prendra les commandes de l’entreprise le 6 avril.

Bombardier, qui traîne une lourde dette à long terme de 9,3 milliards $ US en dépit de multiples ventes d’actifs depuis cinq ans, réduira également ses dépenses discrétionnaires, tentera de finaliser les transactions déjà annoncées et « prendra des mesures supplémentaires pour accroître ses liquidités », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

« Nous sommes en train d’évaluer les besoins, a répondu M. Marcil, lorsqu’interrogé sur les besoins en liquidités. Les deux paliers de gouvernement ont été très clairs (avec leurs mesures d’aide). C’est dans ce sens que nous l’abordons. »

Sur la glace

Bombardier a également retiré ses prévisions pour l’exercice en cours. Elle tablait notamment sur des revenus de 15 milliards $ US cette année, par rapport à 13,7 milliards $ US en 2019.

Si elle parvient à concrétiser la vente de sa division ferroviaire au géant français Alstom, la compagnie sera exclusivement tournée vers les avions d’affaires, un secteur vulnérable aux aléas de l’économie. La demande pour ce type d’appareil risque toutefois de fléchir alors que l’économie mondiale traverse une période de turbulences provoquée par le coronavirus.

« C’est difficile de penser que la demande va demeurer la même », avait expliqué l’analyste de la Financière Banque Nationale Cameron Doerksen, vendredi dernier, au cours d’un entretien téléphonique.

La semaine dernière, celui-ci avait fait passer de 154 à 145 sa prévision pour le nombre de livraisons d’avions d’affaires en 2020. Pour 2021, M. Doerksen table désormais sur 120 livraisons — 30 unités de moins que sa cible précédente.

L’appareil Global 7500, sur lequel Bombardier fonde de grands espoirs, est assemblé en Ontario et complété au Québec, où se fait également l’assemblage de la famille Challenger. Le reste de la famille Global est essentiellement assemblé en Ontario alors que le travail est effectué à Wichita, au Kansas, pour les Learjet.

Dans une note, Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, a noté que Bombardier avait accès à des liquidités de 3,1 milliards $ US à la fin de 2019 — en tenant compte du produit obtenu grâce à la vente de sa participation dans l’A220.

Une tranche de dette évaluée à 1,48 milliard $ US arrive à échéance en 2021 et une autre de 1,7 milliard $ US est prévue pour l’année suivante.

« Nous estimons que la trésorerie actuelle de l’entreprise devrait l’aider à traverser cette crise, mais (l’arrêt de production au Canada) aura un impact à court terme », a souligné M. Poirier.

À la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier a clôturé à 44 cents, en hausse d’un cent, ou 2,33 %.