Une récession à l’horizon, aussi grave sinon plus que la dernière

Selon la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, une reprise est attendue en 2021.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Selon la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, une reprise est attendue en 2021.

La crise sanitaire de la COVID-19 provoquera une récession économique au moins aussi grave que celle qui a suivi l’effondrement de Wall Street en 2008, sinon pire, prévient le FMI. L’ampleur et la durée de la crise dépendront de la volonté des gouvernements de travailler ensemble.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) a été claire, lundi, au sortir d’une téléconférence avec les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays du G20. Les perspectives de croissance mondiale « sont mauvaises pour 2020, avec une récession au moins aussi dure que lors de la crise financière mondiale, voire pire », a prévenu Kristalina Georgieva dans une déclaration écrite. « Mais une reprise est attendue en 2021 », a-t-elle ajouté.

Le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’est montré encore plus affirmatif ce week-end. Il y a trois semaines, les experts du club des pays développés avaient estimé que l’économie mondiale risquait de reculer d’un médiocre taux de croissance de 2,9 %, en 2019, à 2,4 %, cette année, et peut-être même, dans le pire des cas, tomber aussi bas que 1,5 %, soit bien en deçà du seuil de 2,5  % à partir duquel le FMI parle habituellement de récession pour l’ensemble de l’économie mondiale.

Or, « il semble désormais que nous soyons déjà bien au-delà du scénario le plus pessimiste envisagé alors », a constaté Angel Gurría dans une déclaration écrite samedi. Il ne fait plus de doute, selon lui, que l’on fait face aujourd’hui à « la troisième et plus grave crise économique, financière et sociale du XXIe siècle » devant les attentats du 11 septembre 2001 et la crise financière mondiale de 2008.

Pas de rebond rapide

Et il ne faut pas compter, non plus, sur une chute brutale qui serait suivie par un rebond tout aussi vigoureux, a-t-il prévenu. « Même lorsque le pire de la crise sanitaire sera derrière nous, c’est à la crise de l’emploi qui s’ensuivra que les populations devront faire face. »

L’ampleur du choc économique tient évidemment au fait que, pour freiner la propagation du coronavirus, les gouvernements « plongent nos économies dans une paralysie sans précédent et dont elles ne sortiront pas simplement ou automatiquement », a fait valoir Angel Gurría. Elle découle aussi du fait que la crise sanitaire survient dans des économies qui n’étaient pas sans présenter toutes sortes de « vulnérabilités », dont le niveau élevé de dettes des entreprises, la montée du protectionnisme et le creusement des inégalités de richesse entre les individus.

Les économies développées restent malgré tout relativement mieux loties que les pays émergents ou à faible revenu, qui non seulement disposent de moins de ressources pour faire face à la crise, mais qui font aussi souvent les frais de décisions prises dans les sociétés plus aisées, a souligné Kristalina Georgieva. « Les investisseurs ont déjà retiré 83 milliards de dollars des pays émergents depuis le début de la crise, ce qui constitue la plus grande sortie de capitaux jamais enregistrée. »

Pour aider nos économies à se relever, dit-elle, « il est essentiel de donner la priorité à la maîtrise de la contagion et au renforcement des systèmes de santé publique dans le monde entier. Les conséquences économiques sont importantes et s’aggraveront, mais plus vite nous arrêterons ce virus, plus rapide et plus forte sera la reprise ».

En matière d’économie comme de santé, une attention spéciale devrait être accordée aux personnes les plus démunies, avait souligné Angel Gurría. Et pour être la plus efficace possible, l’action des gouvernements, aussi bien locaux que nationaux, devrait se faire « immédiate, à grande échelle et coordonnée ».

À ce chapitre, le patron de l’OCDE n’a pas manqué de louer le travail d’équipe des banques centrales ces derniers jours. Manifestement moins impressionné, de ce point de vue, par les gouvernements, il leur a rappelé qu’une « coordination encore plus intense dans l’ensemble des domaines de l’action publique est une nécessité urgente ».

Ce n’est peut-être pas un hasard si Angel Gurría a emprunté sa conclusion à une histoire familière aux États-Unis. « Notre niveau d’ambition doit être à la hauteur du plan Marshall — à l’origine de l’OCDE — et notre vision commune comparable au New Deal, mais désormais à une échelle mondiale. »