Tous ne sont pas égaux face au coronavirus

Les vulnérabilités ont tendance à s’accumuler en temps de crise, rappelle une étude.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les vulnérabilités ont tendance à s’accumuler en temps de crise, rappelle une étude.

Tous ne sont pas égaux face à la pandémie du nouveau coronavirus et à ses répercussions, rappelle une étude qui se penche sur les populations les plus vulnérables.

« Je lisais quelqu’un sur les réseaux sociaux, ce matin, qui écrivait : “Nous sommes tous égaux devant le coronavirus”. Ce n’est malheureusement pas vrai », a dit d’entrée de jeu en entretien téléphonique au Devoir, vendredi, Nicolas Zorn, directeur général de l’Observatoire québécois des inégalités et coauteur, avec le chercheur Pierre Tircher, d’une nouvelle étude sur le sujet.

L’étude fait principalement la synthèse de facteurs qui rendent notamment les populations à faible revenu, les personnes âgées, les femmes, les immigrants et les communautés autochtones plus vulnérables à la pandémie de COVID-19 et à ses conséquences socio-économiques.

On a déjà beaucoup dit que les personnes plus âgées étaient plus exposées à la maladie, mais elles ne sont pas les seules. On sait depuis longtemps que les personnes en situation de pauvreté sont aussi plus à risque en raison de facteurs tels que l’insécurité économique, le stress et la malnutrition.

Personnes à risque

Avec près d’un Canadien sur deux qui se disait à seulement un chèque de paie de la faillite et un Québécois sur dix qui ne parvenait déjà pas à couvrir ses besoins de base, on comprend également qu’un grand nombre de citoyens sont arrivés dans cette ère de pandémie et de confinement avec aucun coussin financier pour parer aux imprévus, constituer des réserves de nourriture ou faire face à la perte partielle ou totale de leurs revenus d’emploi. Or, les secteurs qui sont les plus susceptibles d’être touchés, comme la restauration, l’hôtellerie et le commerce de détail, comptent aussi un grand nombre d’employés à faible salaire, au statut précaire, aux avantages sociaux limités, sans protection syndicale et avec peu de possibilités de télétravail.

Très présentes dans ces secteurs, les femmes seront aussi au front de la bataille sanitaire, représentant 80 % de la main-d’œuvre du secteur de la santé et des services sociaux, en plus d’assumer le gros des tâches à la maison, où les enfants sont actuellement cantonnés.

Les mesures de confinement aggraveront aussi les problèmes d’isolement social à un moment où l’on aurait pourtant particulièrement besoin de l’aide des autres. Environ 12 % des Québécois ne peuvent pas compter sur une telle aide, contre 19 % pour les 65 ans et plus et 22 % pour les moins nantis.

Il faudrait s’arrêter aussi au cas des populations immigrantes et réfugiées, au sein desquelles tous ces facteurs sont aggravés par l’éloignement d’au moins une partie de leurs proches, ou encore de certaines communautés du Nord aux prises avec des problèmes de surpeuplement des logements et de conditions de vie et de salubrité inférieures qui augmentent les risques d’infection.

Bonne note aux gouvernements

Toutes ces vulnérabilités ont souvent tendance à s’accumuler, observe Nicolas Zorn. Pour en réduire les effets durant la crise, il faudrait entre autres, selon lui, que les gouvernements s’adjoignent les conseils d’experts et d’organisations œuvrant sur le terrain, qu’ils mettent en place des programmes d’aide financière spécifiques, qu’ils limitent au moins temporairement les pouvoirs des créanciers, mais aussi que les citoyens viennent au secours des organismes d’aide communautaires soudainement en pénurie de bénévoles, dit l’étude, qui avance une quinzaine de recommandations.

Au moins une partie de ces recommandations se retrouve déjà dans les mesures annoncées par Ottawa et Québec ces dernières semaines, se félicite Nicolas Zorn. « Contrairement à une société très polarisée comme les États-Unis, on voit nos gouvernements exprimer une volonté de solidarité dans leur discours, comme dans leurs actions. » Le chercheur se réjouit aussi de les voir « écouter la science », particulièrement celle des experts en santé publique qui connaissent bien l’importance des facteurs socio-économiques dans le domaine.

« On verra si cela continuera. Mais pour le moment, c’est réjouissant. »