Les turbulences dans le transport aérien chiffrées à 200 milliards

L’Association internationale du transport aérien estime que le secteur subira une perte de revenus de 113 milliards en 2020.
Photo: David Zalubowski Associated Press L’Association internationale du transport aérien estime que le secteur subira une perte de revenus de 113 milliards en 2020.

Directement au cœur de la tempête provoquée par la pandémie, les compagnies aériennes crient à l’aide. L’Association internationale du transport aérien (IATA, en anglais) chiffre désormais l’urgence à 200 milliards $US.

Pour l’Association, qui représente 290 compagnies aériennes revendiquant 82 % du trafic mondial, la crise de la COVID-19 bat, de loin, en gravité et en étendue l’impact des attentats du 11 septembre 2001, de l’épidémie du SRAS en 2003 et de la crise financière de 2008. Déjà, le 5 mars dernier, elle faisait passer de 30 à 113 milliards la perte de revenus estimée des transporteurs aériens en 2020. L’IATA parle aujourd’hui de plus de 113 milliards et chiffre l’aide d’urgence à 200 milliards. « L’estimation du 5 mars représentait le pire scénario. Or la situation s’est rapidement détériorée depuis sous le coup des restrictions massives, et ce, sans savoir quand cela prendra fin », a indiqué le directeur général de l’IATA, Alexandre de Juniac.

Les projections publiées sur le site de l’organisation évoquent un recul de 50 % des réservations en mars, de 40 % en avril et de 25 % en mai, provoquant jusqu’à 400 000 vols annulés au 30 juin prochain et des pertes de revenus de plus de 113 milliards $US. Elle ajoute que l’encaisse moyenne des transporteurs couvre moins de trois mois de dépenses.

Le soutien attendu pourrait prendre la forme d’une aide financière directe pour compenser la perte de revenus et soutenir les liquidités. Ou encore de prêts, de garanties de prêt et d’appui du gouvernement ou de la banque centrale au marché des obligations d’entreprise, directement aux compagnies aériennes ou à leur banque créancière. Voire un allègement fiscal visant les taxes sur la masse salariale, une réduction ou un report de l’impôt sur le revenu.

« Juguler la propagation de la COVID-19 est la priorité absolue des gouvernements, affirme Alexandre de Juniac. Mais ils doivent réaliser que l’urgence de santé publique est devenue une catastrophe pour les économies et pour l’aviation. » L’IATA rappelle qu’en temps normal, le segment cargo des compagnies aériennes transporte 33 % du commerce mondial. Aussi, chaque emploi dans l’industrie du transport aérien crée 24 emplois dans l’industrie des voyages et du tourisme, ce qui représente quelque 70 millions d’emplois.

Des coupes à Montréal-Trudeau

Au Canada, les transporteurs sont déjà en train de réduire les capacités ou de mettre en veilleuse leurs activités avec, à la clé, une réduction de leurs effectifs. Ces compressions vont rejaillir sur les activités connexes.

L’AIMTA, syndicat représentant le plus grand nombre de travailleurs aéroportuaires au Canada, dit « s’inquiéter […] Nous nous préparons à des mois difficiles et nous sommes prêts à collaborer avec les employeurs et le gouvernement pour atténuer les impacts négatifs sur les travailleurs ».

Jeudi quelque 200 travailleurs ont été mis à pied à l’aéroport Montréal-Trudeau chez le sous-traitant Swissport Canada, qui assure le ravitaillement des appareils, selon TVA citant un représentant de l’Association internationale des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale. « Cette semaine, des avis de compagnies ayant recours à des réductions d’horaires et à des licenciements nous parviennent régulièrement », a ajouté le syndicat dans un courriel diffusé mercredi.