Québec débloque 2,5 milliards pour aider les entreprises

«On ne va pas sauver toutes les entreprises», a reconnu le premier ministre, François Legault
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «On ne va pas sauver toutes les entreprises», a reconnu le premier ministre, François Legault

D’autres mesures seront nécessaires pour sauver un plus grand nombre d’entreprises dont les finances sont durement touchées par les répercussions de la pandémie du coronavirus, préviennent trois regroupements du secteur privé.

Le Conseil du patronat, Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) de même que la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) ont réagi jeudi à l’annonce d’un programme d’urgence de 2,5 milliards pour venir en aide aux entreprises en manque de liquidités.

« Toutes les mesures qui peuvent aider à soutenir les entreprises dans ce moment difficile sont les bienvenues », a affirmé en entrevue le vice-président pour le Québec de la FCEI, François Vincent. « Maintenant, il y a d’autres actions qui devront être mises en place, c’est sûr », a-t-il ajouté. La FCEI aimerait que le gouvernement octroie des subventions salariales pour protéger les emplois.

On va essayer de faire le maximum qu’on est capable de faire […] mais on ne pourra pas sauver toutes les entreprises

 

Le MEQ s’inquiète du niveau d’endettement des entreprises déjà élevé et aimerait aussi que le gouvernement ajoute une aide financière directe en bonifiant les subventions sur la masse salariale dévoilées la veille par Ottawa. Le Conseil du patronat s’attend à d’autres annonces du gouvernement québécois pour alléger la taxe sur la masse salariale.

Impact « catastrophique »

Tandis que les mises à pied s’enchaînent, le gouvernement Legault annonçait jeudi un programme d’urgence de 2,5 milliards pour venir en aide aux entreprises en manque de liquidités durant la pandémie, pour « faire le pont » jusqu’à la relance de l’économie. Cette somme sera distribuée sous forme de prêts et de garantie de prêts pour leur permettre de passer à travers la crise.

« On va essayer de faire le maximum qu’on est capable de faire, avec des marges de manœuvre qui, heureusement, sont importantes, mais on ne pourra pas sauver toutes les entreprises », a admis le premier ministre François Legault lors de sa conférence de presse, entouré du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, et du ministre des Finances, Eric Girard.

La pandémie a un impact « catastrophique » sur plusieurs secteurs de l’économie, comme l’aéronautique, l’hôtellerie et les services qui connaissent des baisses de revenus draconiennes, a-t-il constaté.

M. Fitzgibbon n’a pas voulu indiquer combien, parmi les 250 000 petites et moyennes entreprises (PME) québécoises, pourraient cesser leurs activités en ces temps de crise. « Il y a beaucoup d’entreprises qui vont devoir probablement fermer pour quelques semaines, on espère, peut-être quelques mois », a-t-il reconnu. Investissement Québec a déjà reçu plus de 600 demandes d’aide.

Le gouvernement n’hésitera pas à débloquer davantage d’argent au besoin, autant pour soutenir les entreprises durant cette période difficile que pour assurer la relance de l’économie québécoise une fois la crise passée. « S’il en faut plus, on en aura plus », a assuré le ministre.

« À un moment donné, l’économie va repartir, a affirmé M. Legault. On ne sait pas quand. On sait que ça ne sera pas dans les prochaines semaines, ça va prendre un certain nombre de mois. »

Il a lancé un appel aux Québécois pour qu’ils effectuent leurs achats localement, quitte à les faire en ligne. « C’est primordial, a-t-il déclaré. Si on veut se donner des chances que le maximum de nos entreprises passent au travers, c’est important d’acheter chez nous, au Québec. »

50 000 $ minimum

Les entreprises pourront demander une garantie de prêt ou un prêt d’un minimum de 50 000 $ à Investissement Québec par l’entremise du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE). Les coopératives, les organismes sans but lucratif et les entreprises d’économie sociale qui ont des activités commerciales seront admissibles si elles éprouvent des problèmes d’approvisionnement ou subissent une réduction substantielle, voire une impossibilité de livrer leurs produits en raison de la pandémie du coronavirus.

« Il faut évidemment qu’il y ait une relation de cause à effet avec la COVID-19 et, deuxièmement, il faut pouvoir démontrer une rentabilité postpandémie », a précisé le ministre Fitzgibbon. Il estime que le gouvernement réussira à couvrir les besoins de « beaucoup d’entreprises ».

Le gouvernement compte également assouplir les conditions de remboursement des prêts déjà octroyés par Investissement Québec et par les Fonds locaux d’investissement. « Ça va donner de l’air à nos PME en région », a-t-il dit.

Québec tentera d’arrimer ses actions avec celles du gouvernement fédéral, des banques et des caisses pour éviter que les entrepreneurs aient à « cogner à trois portes ». Ottawa avait annoncé mercredi un plan d’aide historique de 27 milliards pour les travailleurs et les entreprises.