Les travailleurs agricoles saisonniers seront admis en sol canadien

En été, 80% des fruits et légumes qui sont produits localement, rappelle l'UPA.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En été, 80% des fruits et légumes qui sont produits localement, rappelle l'UPA.

Les travailleurs agricoles étrangers pourront être admis en sol canadien, à condition de s’isoler pendant 14 jours, a annoncé le gouvernement fédéral. Le ministre canadien de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair, a laissé entendre aux médias que les étudiants internationaux, les travailleurs sous visa et les travailleurs étrangers temporaires pourraient entrer au pays pour peu qu’ils respectent les consignes visant à réduire les risques de propagation du coronavirus.

« Le gouvernement a pris la bonne décision. Empêcher la venue de ces travailleurs aurait entraîné des conséquences désastreuses sur le secteur agricole, plus particulièrement horticole (fruits et légumes, etc.) mais surtout sur le coût du panier d’épicerie », a déclaré le président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, par voie de communiqué.

Tout n’est pas réglé toutefois puisque les travailleurs agricoles, notamment du Guatemala, ne peuvent pas quitter leur pays, en raison de la décision du gouvernement local de fermer ses frontières. N’ayant pas les détails de la décision, l’UPA se garde d’en dire plus, mais il croit fermement que le gouvernement canadien devra faire des démarches auprès du Guatemala.

Lors de sa conférence de presse quotidienne, le premier ministre du Québec, François Legault, a tenu à rassurer les agriculteurs et dit s’être entretenu avec Ottawa à ce sujet. « Le Guatemala a fermé ses aéroports pour ses vols commerciaux, mais si, par exemple, une compagnie québécoise, canadienne, nolisait un avion pour aller chercher des personnes là-bas, le gouvernement fédéral serait d’accord pour les accueillir », a-t-il déclaré.

Une saison « compromise »

L’annonce de la fermeture des frontières canadiennes — y compris la frontière canado-américaine « à la circulation non essentielle » — aux personnes n’étant pas citoyens ou résidents permanents avait provoqué une commotion dans le milieu agricole. Sans l’arrivée des quelque 16 000 travailleurs étrangers temporaires qui viennent bon an, mal an au Québec, « la saison de production sera compromise », avait fait valoir le président de l’UPA mercredi, dans une conférence de presse visant à alerter les autorités.

En cas de ralentissement ou d’arrêt de production horticole, l’UPA disait craindre une explosion du prix des fruits et légumes, qui représentent environ 20 % du panier d’épicerie des Québécois. L’été, c’est 80 % des fruits et légumes des épiceries qui sont produits localement.

Déjà trop tard ?

Avant de savoir que les travailleurs agricoles temporaires allaient pouvoir franchir la frontière, Martin Gibouleau, de la ferme Margiric à Laval, était plutôt sceptique. Selon lui, il est déjà trop tard pour éviter tout impact à la chaîne de production. « Je crois que, même si les frontières s’ouvrent pour nos employés étrangers, il va y avoir des retards », a dit l’entrepreneur, dont la ferme accueille plus de 200 travailleurs temporaires. « Le poivron se sème fin mars pour une récolte en août et en septembre. Si on ne la démarre pas, c’est pas quelque chose qu’on va être capable de corriger en deux ou trois semaines. »