Le Canada est-il déjà en récession?

Avant que le Canada ne se retrouve aux prises avec l’épidémie du nouveau coronavirus, différents événements récents avaient déjà affaibli l’économie canadienne, notamment la grève au Canadien National.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Avant que le Canada ne se retrouve aux prises avec l’épidémie du nouveau coronavirus, différents événements récents avaient déjà affaibli l’économie canadienne, notamment la grève au Canadien National.

L’économie canadienne est peut-être bien déjà en récession, estiment des économistes, qui espèrent toutefois que cela sera de courte durée.

Bien que l’on attende toujours les statistiques officielles pour le confirmer, l’impact du nouveau coronavirus sur les consommateurs, les entreprises, le commerce international et la croissance mondiale a déjà plongé — ou plongera bientôt — les économies de plusieurs pays en récession, dont le Canada, concluent désormais de plus en plus de prévisionnistes.

Déjà affaiblie, ces derniers mois, par des facteurs conjoncturels internes, comme les barricades ferroviaires, des difficultés de production dans l’industrie automobile et une grève au Canadien National, en plus d’être particulièrement touchée par la chute des prix du pétrole, l’économie canadienne verra sa croissance passer, en rythme annualisé, de tout juste au-dessus de la stagnation parfaite (+0,3 %) au dernier trimestre de 2019 à un début de recul (–0,6 %) pour les trois premiers mois de 2020, qui s’accélérera (–3,3 %) au deuxième trimestre, avant de se renverser (+2,8 %) au début de la seconde moitié de l’année, ont prédit, mardi, les économistes de la Banque TD.

Cela correspondrait — tout juste — à la définition technique communément utilisée par les économistes selon laquelle une récession se distingue par deux trimestres consécutifs de croissance négative. Les jours précédents, c’étaient les banques Royale, CIBC et Scotia qui avaient prédit chacune leur tour au Canada ces deux trimestres négatifs consécutifs, mais à partir du mois d’avril plutôt. Dans le cas de la CIBC, on parlait de reculs plus prononcés de 3 % au deuxième trimestre et de 3,4 % au troisième, suivi d’un rebond de 4,9 % en fin d’année.

Tous ne partagent pas ce point de vue cependant, le Conference Board ayant dévoilé ses propres prévisions mardi, où il prédit une stagnation économique au premier trimestre de cette année, suivie d’un recul de 2,8 % au deuxième, puis déjà d’un rebond (2 %) au troisième.

Tous s’accordent toutefois pour mettre en garde contre le grand degré d’incertitude qui entoure leurs prévisions en cette ère de pandémie de COVID-19, soulignant la possibilité d’une embellie, mais plus encore d’une détérioration de la situation. « Il est déjà assez difficile comme ça d’être économistes sans devoir en plus jouer aux épidémiologistes », disaient mardi les économistes de la TD.

Question de durée et d’ampleur

Cette histoire de deux trimestres de croissance négative n’est finalement pas aussi importante que l’ampleur du recul économique véritablement essuyé, de sa durée et de son impact, notamment sur l’emploi, faisait valoir mardi leur confrère de la Banque Nationale Krishen Rangasamy. De ce point de vue, selon lui, il ne viendrait à personne l’idée de comparer, par exemple, la « récession technique » de deux petits trimestres de 2015 avec les récessions du début des années 1980, du début des années 1990 ou encore de 2008-2009, qui ont toutes duré plus longtemps et mené à la destruction de centaines de milliers d’emplois.

À cet égard, la Banque CIBC s’attend à une croissance économique moyenne nulle (0 %) cette année, et de seulement 1,8 %, l’an prochain, avec un taux de chômage qui pourrait grimper de 5,6 % à 7 %. Le Conférence Board, de son côté, parle d’une croissance qui passerait de 0,3 % à 2,5 % et d’un taux de chômage maximal moyen de 6 %. Durant la dernière crise, le taux de chômage avait dépassé 8,5 %.

Les États-Unis devraient mieux s’en tirer que le Canada, à en croire la Banque TD, qui leur prédit néanmoins un recul de la croissance moyenne cette année de 2,3 % à seulement 1 %. La situation s’annonce bien pire dans la zone euro (–1,6 %), en Italie (–2,9 %), au Japon (–1,4 %) ou encore en Chine, où elle tomberait bien en dessous du seuil psychologique des 6 %, à 4,1 %.

Au tour des gouvernements

Ces prévisions ne surprendront personne dans les marchés financiers dont la dégringolade des dernières semaines reflète la grande incertitude, non pas devant la menace de récession, mais quant à son ampleur et à sa durée. L’une des difficultés, expliquaient, mardi, les économistes de la Banque TD, est que la comparaison de la COVID-19 avec d’autres épidémies de l’histoire récente n’est pas d’un grand secours. L’une de ses grandes différences est son impact sans précédent sur le comportement des consommateurs et sur le fonctionnement des entreprises. On ne sait pas non plus jusqu’où les banques centrales et les gouvernements seront prêts à aller pour y répondre.

Pour le moment, on ne prévoit pas que l’économie canadienne subira une importante récession, a observé Krishen Rangasamy. « Mais on le pourrait, si les mesures fiscales des gouvernements fédéral et provinciaux des prochaines semaines se révèlent insuffisantes. »