La Fed baisse à nouveau son taux directeur

Le président de la Fed, Jerome Powell
Photo: Eric Badarat Agence France-Presse Le président de la Fed, Jerome Powell

La Banque centrale américaine a brutalement abaissé ses taux à zéro dimanche, comme le réclamait Donald Trump depuis des mois, afin de rassurer les marchés face aux conséquences pour l’économie américaine de l’épidémie de nouveau coronavirus, sans même attendre sa réunion monétaire prévue en milieu de semaine.

Au même moment la Fed participait à une action concertée pour s’assurer que le monde ne manquera pas de dollars lundi.

La décision d’abaisser d’un point de pourcentage les taux, pour les ramener dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25 %, a été annoncée dimanche soir par la Réserve fédérale américaine.

« Les effets du coronavirus pèseront sur l’activité économique à court terme et présenteront des risques pour les perspectives économiques », relève-t-elle dans un communiqué.

Donald Trump, qui réclame depuis des mois une telle action, a immédiatement félicité la Fed, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche : « cela me rend très heureux. Et je veux féliciter la Réserve fédérale ».

« C’est vraiment une bonne nouvelle, c’est vraiment bien pour notre pays », a-t-il ajouté, affirmant que les États-Unis étaient « de loin le pays le plus solide du monde ».

« Je ne sais pas si cela [une telle décision] est jamais arrivé un dimanche. Mais je pense que beaucoup à Wall Street sont très heureux », a ajouté le président américain.

La Réserve fédérale a précisé qu’elle maintiendra les taux dans cette fourchette jusqu’à ce que la crise soit passée. Seule une participante, Loretta J. Mester, présidente de la Fed de Cleveland, a voté contre cette action, étant favorable à une baisse moins forte.

La baisse des taux surprise a été prise alors que le comité monétaire habituel de la Fed doit se réunir mardi et mercredi.

C’est la deuxième fois depuis le début du mois de mars qu’elle procède à une baisse surprise, ce qu’elle n’avait pas fait depuis la crise financière de 2008.

L’abaissement des taux, qui permet de baisser le coût du crédit, et ainsi de stimuler la consommation, fonctionne pour soutenir l’économie lors d’une crise classique. Mais rien ne dit que cela sera efficace pour lutter contre cette crise inédite.

Action mondiale

Le bruit avait couru tout le week-end sur une possible action de la Fed, afin de rassurer les marchés avant l’ouverture lundi matin, et notamment Wall Street qui a connu jeudi sa pire journée depuis le krach boursier d’octobre 1987.

L’épidémie menace la croissance américaine, mais le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a dit dimanche qu’il ne prévoit pas de récession de l’économie américaine, anticipant simplement un « ralentissement », malgré les nombreuses prévisions d’économistes.

En plus de son geste fort, la Fed a participé à une action concertée au niveau mondial pour garantir que les liquidités seront suffisantes lundi.

L’opération vise à assurer une disponibilité suffisante en dollars américains sur le marché et concerne la Fed, la Banque centrale européenne et les Banques centrales du Japon, du Royaume-Uni, du Canada et de Suisse.

La Fed a par ailleurs annoncé l’achat de 500 milliards de dollars de bons du Trésor et de 200 milliards de dollars de titres hypothécaires.

Face à l’affolement, elle avait abreuvé les marchés en liquidités toute la semaine, apportant plusieurs milliers de milliards de dollars, et avait renoué avec les rachats de dette américaine à travers les bons du Trésor.

Les observateurs y avaient immédiatement vu le retour d’un outil utilisé pour combattre la crise de 2008 : le quantitative easing (QE), ou assouplissement quantitatif, qualifié par des analystes de Barclays de « bazooka de la liquidité ».

Depuis la dernière réunion monétaire de la Fed, la face de l’économie américaine et mondiale a complètement changé. Ce qui n’était qu’un risque aux conséquences encore très incertaines fin janvier est aujourd’hui en train de mettre à genoux l’économie mondiale.

Jeudi, la Banque centrale européenne n’avait, en réponse au coronavirus, pas touché à ses taux, mais présenté un arsenal de mesures techniques, et estimé que la réponse devait d’abord venir des gouvernements.

Quant à la Banque d’Angleterre, elle a abaissé ses taux à 0,25 %, et celle du Canada, d’un demi-point.