Analyse: face au coronavirus, les États devront faire beaucoup plus

Avec plusieurs pays, dont les États-Unis, qui imposent des restrictions aux voyageurs, l’industrie touristique n’est qu’un des secteurs qui devra se remettre de la pandémie de COVID-19.
Photo: LM Otero Associated Press Avec plusieurs pays, dont les États-Unis, qui imposent des restrictions aux voyageurs, l’industrie touristique n’est qu’un des secteurs qui devra se remettre de la pandémie de COVID-19.

On commençait à avoir hâte de voir les gouvernements se sentir concernés par les conséquences économiques de l’épidémie de coronavirus. Et leur travail ne fait que commencer.

Le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas caché son inquiétude face à la progression du mal et sa frustration à l’égard de la réaction des pouvoirs publics mercredi en confirmant que l’épidémie de la COVID-19 devait désormais être qualifiée de pandémie mondiale. « Nous sommes profondément préoccupés tant par les niveaux alarmants de propagation et de gravité que par les niveaux alarmants d’inaction », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le directeur général de l’OMS ne parlait pas spécifiquement de l’impact économique de la maladie, mais le commentaire aurait sans doute été le même si cela avait été le cas.

Partageant apparemment cette opinion, les marchés boursiers enchaînent depuis trois semaines les culbutes et les dégringolades au point où ils passaient, le même jour, le cap des 20 % de recul mettant ainsi officiellement un terme à leur plus longue période de croissance ininterrompue de l’histoire (11 ans).

Plusieurs banques centrales ont pourtant essayé de les rassurer, à commencer par la plus influente de toutes, la Réserve fédérale américaine qui, en dépit de sa mince marge de manoeuvre, a procédé à une réduction surprise d’un demi-point de pourcentage de ses taux d’intérêt, la semaine dernière, et pourrait récidiver, la semaine prochaine, en plus d’avoir promis, jeudi, d’annoncer l’injection 1500 milliards $US de liquidités supplémentaires. La Fed n’a pas été la seule à agir, la Banque du Canada ayant, par exemple, aussi abaissé son taux directeur de 50 points de base. Déjà passée du côté des taux d’intérêt négatifs, avec des frais de 0,5 % sur ses déposants, la Banque centrale européenne a plutôt opté, jeudi, pour l’assouplissement de ses règles et l’injection d’encore plus de liquidités. « Je ne crois pas que qui que ce soit devrait attendre des banques centrales qu’elles soient en première ligne de la réponse », a déclaré sa présidente, Christine Lagarde, avant de fustiger « la complaisance et la lenteur » des gouvernements.

L’affaire des gouvernements

Il est vrai que les gouvernements ont souvent le réflexe de laisser les banques centrales faire le travail à leur place lorsque le ciel économique s’assombrit, et que cette fois-ci ne fait pas exception. Or, nos problèmes actuels tiennent largement à une diminution de l’offre de biens et services attribuable à la fracture des chaînes d’approvisionnement qui passaient par la Chine, à la fermeture d’entreprises ou à la mise en quarantaine des travailleurs sur lesquels le niveau des taux d’intérêt n’a pas vraiment d’influence.

Les économies sont aussi de plus en plus aux prises avec diminution de la demande. Mais là encore, si une baisse du loyer de l’argent peut huiler un peu les rouages de la finance et encourager les consommateurs à s’acheter une maison ou une voiture, elle a peu de chance de convaincre ces derniers d’aller au restaurant, d’arpenter les centres commerciaux ou d’acheter des billets d’avion s’ils ont peur d’être infectés par le virus dont tout le monde parle.

Aussi, est-il plus que temps pour les gouvernements de passer à l’action, mais peut-être pas tout de suite avec de grands programmes d’infrastructure, des baisses d’impôt généralisées et autres mesures de stimulation macroéconomique, expliquait au début de la semaine l’économiste en chef du Fonds monétaire international, Gita Gopinath. L’heure, pour le moment, serait plutôt à des mesures plus ciblées visant, premièrement, à assurer toutes les ressources nécessaires à leur système de santé pour « prévenir, détecter, contrôler, traiter et contenir » le nouveau coronavirus. Il s’agit aussi d’apporter toute l’aide possible à ses victimes en compensant, par exemple, les pertes de salaire des travailleurs mis sur le carreau, en appuyant les parents forcés de rester à la maison avec les enfants ou encore en fournissant des liquidités aux entreprises confrontées à une chute brutale de leur chiffre d’affaires.

Le message semble en train de faire lentement son chemin, plusieurs pays, dont le Canada, cette semaine, mais aussi, entre autres, les États-Unis, l’Italie, le Royaume-Uni et la France ayant mis en application au moins une, sinon plusieurs de ces recommandations.

Nouveau cafouillage

Mais pour être la plus efficace possible, ajoutent les experts, cette action des gouvernements devrait être rapide, claire et coordonnée entre eux en dépit de toute l’incertitude qui vient inévitablement avec une telle pandémie.

C’est-à-dire tout le contraire de l’adresse à la nation du président américain de mercredi soir, dans laquelle — après avoir banalisé la gravité de l’épidémie et l’avoir même qualifiée de « canular démocrate » pendant des semaines — Donald Trump n’a rien dit sur les importantes défaillances américaines en matière de détection du coronavirus et a totalement pris par surprise les Européens en leur interdisant l’entrée aux États-Unis en dépit de l’avis contraire des experts, et après laquelle la Maison-Blanche a dû rectifier au moins trois de ses affirmations.

Comme il fallait s’y attendre, cette performance n’a pas vraiment rassuré les marchés boursiers qui ont repris, dès qu’ils ont pu, leurs culbutes et leur dégringolade.