En difficulté, Spectra Premium blâme les tarifs de Trump

Spectra Premium emploie environ 750 personnes dans ses usines de Boucherville et de Laval.
Photo: iStock Spectra Premium emploie environ 750 personnes dans ses usines de Boucherville et de Laval.

Les tarifs de 25 % imposés par le gouvernement américain à plusieurs produits en provenance de Chine portent un coup dur à une entreprise québécoise. Le fabricant de composants automobiles Industries Spectra Premium de Boucherville s’est placé mardi sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

En entrevue avec La Presse canadienne, le p.-d.g. de l’entreprise manufacturière, Jacques Mombleau, a toutefois précisé qu’il ne s’agit pas là du début de la fin, mais bien d’une « décision pour assurer la survie de l’entreprise et la pérennité. Nous avons un bon plan d’affaires, beaucoup de nouvelles opportunités manufacturières pour diversifier. Nous avons des opportunités très intéressantes du côté de l’électrification des transports ». Spectra Premium fabrique et distribue principalement des réservoirs d’essence et des radiateurs tant pour le marché secondaire des pièces que comme produits d’origine dans des véhicules neufs.

L’entreprise, qui emploie 1300 personnes à travers le monde, dont environ 750 dans ses usines de Boucherville et de Laval, est directement touchée par les tarifs américains imposés à la Chine en raison de ses activités de distribution de produits fabriqués en Chine pour le marché américain. « Un radiateur que je payais 100 $ il y a un an et demi coûte aujourd’hui 125 $ parce qu’il y a un tarif de 25 %. Dans la chaîne d’approvisionnement, le fournisseur en Chine en absorbe une partie, moi, à Spectra, j’en absorbe une partie, mon client américain en absorbe une partie et le consommateur en absorbe une partie aussi », a déploré M. Mombleau.

« Le plus gros impact, c’est que mes clients cherchent des sources d’approvisionnement qui sont en dehors des zones tarifaires. On entend de plus en plus des entreprises qui se relocalisent aux Philippines ou ailleurs. J’ai des compétiteurs qui étaient en Chine qui ont fait des transferts dans d’autres pays avant même la venue des tarifs. Peut-être qu’ils ont été devins », laisse-t-il tomber au bout du fil. « On a perdu certains contrats dans la dernière année à cause de ça », a reconnu M. Mombleau, qui a dit devoir composer avec « une pression constante, quotidienne de tous mes clients majeurs américains qui cherchent des solutions où ils vont éviter ces tarifs ».

Il a ajouté que la situation de Spectra, en termes de liquidités, a été aggravée par la coûteuse acquisition, en août 2018, d’une usine en Suède qui a dû être déménagée et qui a nécessité des investissements beaucoup plus importants que ce qui avait été prévu au départ.

Une des démarches qu’entreprendra la direction sera de réduire ses activités de distribution pour recentrer ses efforts sur l’activité manufacturière qu’elle contrôle dans ses propres usines : « On va continuer d’être middleman en Chine avec les contrats qui sont profitables, les lignes de produits qui ont le meilleur potentiel. On ne va pas carrément sortir du marché de la redistribution, mais on va réévaluer chaque segment. »

Parallèlement, l’entreprise est sur le point de démarrer de nouveaux créneaux orientés sur l’électrification des transports, notamment l’assemblage de batteries d’automobiles, une nouvelle activité qui est en préparation depuis environ un an.

L’entreprise a déjà procédé à une cinquantaine de mises à pied au cours des dernières semaines et n’en prévoit aucune autre, l’objectif de la demande de protection de la LACC étant de dégager les liquidités pour restructurer ses opérations et sa dette sans devoir subir la pression des créanciers durant un certain temps. Spectra assure d’ailleurs que ses activités se poursuivront comme à l’habitude et que les commandes continueront d’être expédiées comme prévu.

Le tribunal a nommé Ernst & Young pour qu’il agisse à titre de syndic.