Vers la fin des «avions fantômes» en Europe

À la source de ce phénomène «d’avions fantômes», on retrouve l’exigence pour les lignes aériennes d’assurer au moins 80% de leurs départs chaque saison, sans quoi elles perdent la priorité dont elles disposent sur l’accès aux pistes.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse À la source de ce phénomène «d’avions fantômes», on retrouve l’exigence pour les lignes aériennes d’assurer au moins 80% de leurs départs chaque saison, sans quoi elles perdent la priorité dont elles disposent sur l’accès aux pistes.

Boudées par les clients en raison du coronavirus, des lignes aériennes ont fait voler des appareils vides ces dernières semaines, brûlant des milliers de litres de kérosène seulement pour conserver leurs créneaux de décollage et d’atterrissage dans certains aéroports d’Europe. Répondant aux demandes des compagnies elles-mêmes, l’Union européenne a suspendu mardi la règle forçant cette absurdité économique et écologique.

À la source de ce phénomène « d’avions fantômes », on retrouve l’exigence pour les lignes aériennes d’assurer au moins 80 % de leurs départs chaque saison, sans quoi elles perdent la priorité dont elles disposent sur l’accès aux pistes. Ce règlement concerne au-delà de 200 des aéroports les plus achalandés au monde, tels ceux de Londres, d’Amsterdam et de Francfort.

Pour éviter de voir ces créneaux qui valent de l’or tomber entre les mains des compétiteurs, des compagnies aériennes britanniques ont fait voler des avions partiellement ou carrément vides, rapportait la presse ces derniers jours. Une des compagnies volant au Royaume-Uni prévoyait récemment de maintenir 32 vols dans les deux prochaines semaines avec des taux d’occupation de seulement 40 %, laissant 5000 sièges vides.

 
Photo: Nhac Nguyen Agence France-Presse Amputées de leur passagers qui craignent le virus, des lignes aériennes ont fait voler des appareils vides ces dernières semaines, brûlant des milliers de litres de kérosène seulement pour conserver leurs précieux créneaux de décollage et d’atterrissage dans certains aéroports.

En parallèle aux dénonciations émanant des milieux écologistes, l’industrie aérienne a elle-même lancé des appels à assouplir à plus grande échelle la règle des 80 %, déjà suspendue pour les vols en provenance de la Chine ou de Hong Kong. Or, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré mardi que la règle sur les créneaux sera assouplie temporairement. Cette mesure « soulagera la pression sur le secteur de l’aviation, et en particulier sur les petites compagnies aériennes, et permettra également de réduire les émissions en évitant les vols fantômes », a-t-elle déclaré.

Mehran Ebrahimi, professeur et directeur du Groupe d’étude en management des entreprises de l’aéronautique de l’ESG de l’UQAM, croit que le nombre de vols fantômes va considérablement diminuer à la suite de ce changement de cap. Une telle suspension de la règle sur les créneaux avait été décrétée à l’occasion de la crise économique de 2008 et dans la foulée des attentats du 11 Septembre, rappelle-t-il. « Ce qui m’étonne, c’est qu’on ait autant traîné pour prendre cette décision », souligne-t-il.

Des vols… aux passagers fantômes

Au Canada, la demande pour les créneaux aéroportuaires n’est pas assez forte pour que les compagnies aériennes fassent voler des avions vides, estime M. Ebrahimi. Cependant, les appareils peuvent voler avec très peu de passagers, car un grand nombre de clients annulent leur présence à bord à la dernière minute. « Un ami pilote m’a dit qu’il a fait voler un Airbus 330 avec un seul passager à bord, raconte-t-il. Son avion n’était pas destiné à voler vide. »

Annie Petsonk, conseillère juridique internationale pour l’ONG Environmental Defense Fund, estime elle aussi que le problème d’appareils qui volent vides est loin de se limiter à la question des créneaux. « Quand des gens annulent leur vol à la dernière minute, les compagnies n’arrivent pas toujours à déplacer les équipes ailleurs. » Souvent, les lignes aériennes décident donc de faire voler les avions malgré tout, puisque les coûts sont déjà engagés.

La semaine dernière, l’Association internationale du transport aérien (IATA) avertissait que l’industrie verra ses revenus fondre de 113 milliards $US (19 %) cette année si le coronavirus continue sa progression.

Cependant, tempère Mehran Ebrahimi, ce lobby « essaie de montrer un portrait plus sombre que la réalité ». « L’IATA se bat depuis des années pour faire diminuer les taxes carbone et les taxes aéroportuaires, explique le spécialiste de l’aviation. Maintenant, l’industrie crie au loup, mais c’est pour obtenir des allégements fiscaux ou d’autres formes d’aide. En réalité, elle a les reins solides. »

Air Canada suspend ses vols vers l’Italie

Air Canada a annoncé la suspension de ses vols vers l’Italie à partir de mercredi, et ce, jusqu’au 1er mai, en raison de l’épidémie de coronavirus. Le dernier vol pour Rome partait de Toronto mardi soir et le dernier retour de Rome à destination de Montréal a lieu mercredi. Air Canada emboîte ainsi le pas à plusieurs compagnies aériennes dans le monde comme Air France ou encore British Airways.

Agence France-Presse